Croissance au Maroc: voici les principales mesures pour attirer les investisseurs étrangers (BERD)

L’économiste en chef à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), Beata Javorcik, a accordé à la MAP une interview dans laquelle elle s’est exprimée sur plusieurs questions notamment l’analyse des récentes prévisions de croissance au Maroc et les principales mesures susceptibles d’attirer les investisseurs étrangers.

– Quelle est votre lecture des prévisions de croissance de la BERD pour le Maroc ? Y a-t-il eu des modifications ?

La modification majeure des prévisions de la BERD par rapport au mois de mars concerne essentiellement le changement d’hypothèses.

En ce moment, nos prévisions prennent en considération le conflit entre la Russie et l’Ukraine et la hausse des prix du pétrole, mais qu’il n’y aura pas d’interruption de l’approvisionnement en hydrocarbures de la Russie vers l’Europe.

Toutefois, ce qu’il faut surtout savoir, c’est que ces changements de prévisions concernent particulièrement l’Ukraine et les pays des autres régions où nous opérons, et n’affectent pas assez les prévisions dans les pays d’Afrique du Nord.

Donc, pour ce qui est du Maroc, nous n’avons pas changé nos prévisions par rapport à mars et nous tablons sur une croissance du PIB en 2022 de seulement 1,2%, soit une baisse de 2% par rapport à ce que nous attendions pour novembre 2021.

Ce repli est dû à plusieurs facteurs, dont notamment les conditions météorologiques défavorables, en l’occurrence, la sécheresse qui affecte les productions agricoles ainsi que la guerre en Ukraine. Cette dernière impacte le Maroc à travers deux canaux à savoir, les prix alimentaires et la hausse des prix de l’énergie.

Il faut aussi dire que nous nous attendons à des situations plus difficiles en raison du ralentissement de l’économie mondiale, en particulier en Europe. L’année prochaine, nos hypothèses dans la base de prévision stipulent que la guerre sera terminée d’ici la fin de l’été. A cet effet, nous prévoyons une croissance de 3 % pour le Maroc en 2023.

– Quelles sont les principales mesures susceptibles d’attirer les investisseurs au Maroc ?

Sur le plan international, il faut savoir que l’incertitude causée par la guerre et les tensions géopolitiques que la guerre a provoquées, ainsi que les tensions entre les États-Unis et la Chine signifient que les flux mondiaux d’investissements directs étrangers (IDE) sont susceptibles d’être inférieurs à ce qui était prévu auparavant.

Aussi, cela signifie que la concurrence en la matière sera encore plus féroce qu’elle ne l’est habituellement. En ce qui concerne le Maroc, parmi les principales mesures susceptibles d’attirer les investisseurs, nous pouvons citer le renforcement de la concurrence, l’amélioration de la gouvernance, la lutte contre la corruption, le développement de la numérisation ainsi que la promotion de l’inclusion.

– Comment évaluez-vous les partenariats entre la BERD et le Maroc ?

Les partenariats entre les deux parties sont excellents. En moins de 10 ans, la BERD est devenue l’institution financière internationale la plus active dans le secteur privé marocain, notamment en matière de soutien au caractère durable de l’économie, l’amélioration de l’efficacité et de la qualité des infrastructures et des biens publics, ainsi que l’approfondissement et le développement des marchés des capitaux.

En effet, la Banque a investi plus de 3,2 milliards d’euros dans l’économie, dont plus de 70 % dans le secteur privé et a soutenu plus de 700 petites ou moyennes entreprises (PME).

Si la BERD a construit cette forte présence, c’est surtout grâce à sa proximité du milieu politique et celui des affaires, sa présence accrue à Casablanca, Tanger et Agadir, mais aussi grâce à son engagement actif en matière de politique.

Ce qu’il faut aussi noter c’est que la BERD est la seule institution capable de prêter directement et indirectement en monnaie locale. D’ailleurs, nous nous concentrons dans ce contexte, sur 3 priorités majeures, à savoir:

1. Le soutien du passage à une économie davantage dirigée par le secteur privé:

La BERD a consacré une somme de 200 M€ aux secteurs de l’automobile et de l’aéronautique, et s’est engagée à conseiller le gouvernement en termes de politiques qui seront à même d’accroître l’intégration locale de ces secteurs stratégiques.

D’ailleurs, 72% des PME conseillées par la BERD ont vu leur chiffre d’affaires (CA) augmenter, créant au total 320 millions d’euros de CA supplémentaire.

En ce qui concerne la crise du Covid-19, la BERD a porté un soutien aux PME via un financement de 220 millions d’euros aux institutions financières et un soutien accéléré à la restructuration de la dette. Il a été également question d’un appui au ministère du Tourisme, de l’artisanat et de l’économie Sociale, pour dynamiser la relance de ce secteur, « tant stratégique » pour le pays.

2. Renforcement de la cohésion sociale et réduction des disparités régionales pour une croissance plus inclusive:

Il a été également question de soutenir pas moins de 200 femmes entrepreneurs par le financement et les services de conseil, grâce au programme « Women in Business » dont l’impact au Maroc a été « extrêmement positif ».

S’agissant des compétences adaptées au marché, avec le soutien de la BERD, le ministère de l’industrie a signé de nouveaux partenariats avec quatre associations professionnelles et a lancé des programmes pilotes en vue d’intégrer les technologies de l’industrie 4.0 dans les centres marocains d’enseignement et de formation techniques et professionnels.

La BERD s’est également engagée en faveur d’un meilleur accès à l’eau, en assurant un accès de celle-ci à plus de 480.000 personnes, notamment dans les centres ruraux. Soit des ressources en eau conformes aux lignes directrices de l’OMS pour la qualité de l’eau potable.

Il s’agit aussi d’un meilleur accès à l’électricité. A cet effet, plus de 11.200 villages ont été électrifiés, soit une population combinée d’environ 40.000 personnes.

3. Accélération de la transition vers une économie verte du Maroc:

Pour ce chantier, la BERD a mobilisé 800 millions d’euros, ce qui s’est traduit par une réduction de 730.000 tonnes d’émission de CO2 par an et a fait du Maroc, par ricochet « un véritable leader climatique » dans la région.

En matière de projets renouvelables phares, la BERD a financé le parc éolien de Khalladi, soit la plus grande centrale éolienne et l’un des premiers projets renouvelables privés, aidant à éliminer l’équivalent en émissions de 44.000 voitures et travaille sur le financement du tout premier parc éolien de renouvellement en Afrique.

Il a été aussi question d’un soutien aux efforts du Maroc pour libéraliser le secteur de l’énergie et améliorer le développement du secteur des énergies renouvelables. Dans ce sens, la Banque a aidé à évaluer la capacité du réseau à absorber les énergies renouvelables, a promu un ensemble de modifications législatives ( la loi sur les régulateurs de l’énergie) et a soutenu l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (premier code du réseau électrique national).

– La BERD a annoncé la réalisation du bénéfice le plus élevé de son histoire en 2021 avec 2,5 milliards d’euros. Peut-on dire que le Maroc a contribué de près ou de loin à ces résultats?

Le Maroc représente environ 3% des activités totales de la BERD. Il faut dire que la rentabilité de nos investissements en dette, en fonds propres et en trésorerie au Maroc est « parfaitement alignée » avec le reste de nos pays d’opération.

– En 2021, la BERD a consacré de nombreux investissements au Maroc, dominés par les financements verts. Pour la première fois, ce type d’investissement arrive en tête et représente plus de la moitié de l’enveloppe injectée par l’institution européenne. Qu’en est-il pour l’exercice 2022 ?

Le Maroc a les ambitions climatiques les plus élevées de tous nos pays d’opérations (diminution des émissions de 45,5% en dessous du cours Normal des Affaires (BAU) et nous voulons continuer à être un partenaire clé pour soutenir cela.

Nous avons un pipeline « solide » pour 2022, soit d’ici le milieu de l’année, nous aurons entièrement déployé notre ligne marocaine de financement pour l’économie verte « Green Economy Financing Facility Morocco » (GEFF), pour aider à accélérer la décarbonation des entreprises et des PME.

D’ailleurs, le Maroc est l’un de nos pays les plus prospères en matière de produits financiers verts intermédiés et les besoins et la demande pour ces lignes vertes sont toujours « énormes ».

S.L. (avec MAP)




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