Covid-19 : comment le Maroc pourra relancer son économie ? (entretien)

Le professeur d’Économie à l’Université Hassan II- Casablanca et directeur du laboratoire de statistique appliquée à l’analyse et la recherche en économie, Fouzi Mourji, livre à la MAP sa réflexion sur les enjeux et modalités de la reprise de l’économie nationale après la crise du nouveau coronavirus (covid-19).

1. Comment redémarrer l’économie nationale après le covid-19 ?

Dans le terme « redémarrage » on peut entrevoir deux dimensions (reprise et relance) qui peuvent se produire simultanément et aussi interagir. La première, qui peut être qualifiée de spontanée, émane des agents économiques (ménages et entreprises).

Il s’agit de leurs comportements de consommation et d’investissement qui dépendent de leurs anticipations qui sont très sensibles au discours ambiant et aux signaux émanant des pouvoirs publics sous forme de mesures, notamment.

La dimension « relance » relève du rôle que peuvent jouer les décideurs et des diverses mesures qui seront prises pour accompagner et stimuler le redémarrage. Par rapport à ces différents volets, il me semble que le raisonnement doit être bâtis par la construction de scenarii sur la base d’hypothèses.

On peut concevoir que l’État soit davantage proactif à l’aune du modèle alternatif de croissance. Aussi, l’objet ici est de relever les divers leviers possibles de la relance et les modalités de leur mise en œuvre dans le court terme.

Nous partons d’une crise qui concerne à la fois l’offre et la demande. Plusieurs entreprises sont à l’arrêt et les acheteurs sont confinés. La relance par la demande suppose de considérer la consommation, l’investissement et les exportations.

2- Pourriez-vous nous renseigner davantage sur ces trois éléments ?

A propos de la consommation, il y aura des mesures à adapter et ce, en fonction de l’état des stocks, des carnets de commandes dans les différents les secteurs, et de l’intensité de la demande qui sera observée.

Les mesures de redistribution ont été socialement salutaires pour éviter aux plus modestes et aux précaires de sombrer dans des situations intenables.

Concernant la demande externe, les exportations constituent une composante non négligeable, mais leur niveau dépend de la conjoncture chez nos partenaires.

Ceci étant dit, cette crise constitue, comme ailleurs, une opportunité notamment pour initier une réorientation de l’appareil productif vers la satisfaction de la demande intérieure, notamment en produits stratégiques.

Il est aussi question d’orienter les exportations vers des secteurs moins destructeurs des ressources naturelles. Je fais là référence à l’exportation de produits agricoles à fort contenu en eau.

S’agissant de l’investissement, la composante publique de celui-ci est primordiale. Mais se pose souvent la question de son financement et de la soutenabilité de la dette.

En réalité, c’est l’usage de celle-ci qui conditionne sa soutenabilité. Si l’on s’endette pour investir, cela génère de la croissance qui à son tour engendre des recettes à même de faciliter le remboursement. Le risque de reporter le fardeau sur les générations futures survient si l’on s’endette pour financer le fonctionnement.

Il reste que plusieurs options sont à considérer selon des arbitrages entre endettement extérieur (coût, risque de changes et poids du service qui pèse sur les réserves de changes) et endettement intérieur. Ce dernier peut constituer une bonne option eu égard à l’élan et la rapidité avec lesquels le fonds de solidarité a été alimenté.

3- Quel sera l’usage des sommes collectées ?

En partie pour l’investissement public mais également pour accompagner le secteur privé. Avec l’investissement privé, nous abordons aussi le côté « offre » de la relance économique.

Mais il y a également le paiement des arriérés pour alléger les entreprises. L’offre a été gelée mais l’appareil productif est intacte et les mesures de soutien aux salariés des entreprises ayant arrêté leur activité ont aussi le mérite de faciliter leur reprise puisqu’elles auront conservé leur personnel. Cependant, les risques de faillite sont patents du fait du dépouillement des carnets de commandes et des difficultés de trésorerie.

Il apparaît dès lors que les reports des échéances fiscales voire leur annulation devraient être poursuivis. Cette décision devrait être appliquée au cas par cas et surtout au profit des petites unités de production les plus fragiles.

4- Quels sont les secteurs prioritaires à cibler pour réussir ce redémarrage ?

Il faut recourir à des outils neutres pour éviter de céder aux plaidoyers de tel ou tel groupe de pression. A ce titre, le tableau des « Entrées/Sorties » constitue un outil précieux pour identifier les secteurs à cibler en priorité. Il permet en effet de les hiérarchiser à partir de plusieurs indicateurs:

– Ceux qui créent le plus d’emplois;

– Ceux qui exercent le plus d’effets d’entraînement sur d’autres branches;

– Ceux dont les produits sont stratégiques et consommés par plusieurs branches en aval;

– Ceux qui contribuent à l’équilibre de nos échanges extérieurs.

Par contre, les secteurs dont la production a un fort contenu en importation ne seront pas à privilégier.

Propos recueillis par Karima EL OTMANI


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