Agadir Haliopôle Cluster: ce que propose le Pôle de compétitivité

Ali Oukacha, Président du pôle de compétitivité Agadir Haliopôle Cluster (AHP) expose les modalités d’accompagnement du développement de la compétitivité du secteur halieutique au Maroc et la place de l’innovation dans le cadre de la conception des projets collaboratifs en R&D. 

De quelle façon le pôle accompagné le développement de la compétitivité du secteur halieutique au Maroc ?
Le Pôle de compétitivité Agadir Haliopôle Cluster repose, tout d’abord, sur un fort ancrage territorial. Il s’appuie aussi sur les structures existantes, notamment le tissu industriel, les centres de recherche et les infrastructures collectives… Tout cet écosystème contribue à favoriser l’émergence et la concrétisation de projets visant de soutenir la productivité et à améliorer la compétitivité du secteur halieutique. Notre cluster offre ainsi de réelles opportunités aux industriels du secteur halieutique de la Région pour accroître leur expertise à travers un ensemble de services et un large panel d’activités qui leur sont proposées annuellement. À titre d’exemple, il s’agit de l’incubation au service d’investissements durables.

Ce service offert aux entreprises membres de notre pôle de compétitivité leur permet de réussir leur lancement. Destiné aux startups, TPE et PME dans les premières étapes de leur vie d’entreprise, ce service permet la compréhension des besoins, l’analyse des lacunes et la formulation des recommandations pratiques pour impulser des développements de qualité et des investissements durables. Agadir Haliopôle dispense aussi des formations inter-entreprises à travers l’initiation de sessions de formation destinées aux membres. Cette action est aujourd’hui reconnue et étendue à l’ensemble des acteurs du développement dans l’objectif de renforcer les compétences des équipes et les capacités des entreprises à innover. Il s’agit aussi d’assurer le volet lié à la veille et les études relatives à l’innovation.

Dans ce sens, le cluster propose un service de veille et d’études sectorielles pour identifier les nouvelles opportunités d’affaires, élaborer et mettre en œuvre des projets répondant aux standards de qualité mais aussi accompagner les projets innovants. Les membres de notre réseau peuvent également bénéficier de contacts clés et d’un accompagnement personnalisé

Comment Agadir Haliopôle Cluster a accompagné le développement de l’aquaculture surtout en matière d’aliments ?
Pour contribuer au développement soutenu et durable de l’aquaculture nationale, la domestication de nouvelles espèces et la fabrication locale d’aliments pour poissons constituent des axes prioritaires que le cluster a pris en compte en matière de Recherche et développement. Le développement de la recherche en matière de nutrition aquacole se justifie à plus d’un titre d’autant plus que l’aliment constitue près de 60% du coût de production des produits piscicoles. Notons que le Maroc compte parmi les pays producteurs de farine et d’huile de poissons qui sont les matières premières de base (70 à 80%) dans la formulation des aliments pour poissons.

Aussi, et pour assurer la durabilité et la rentabilité du secteur aquacole national, il fallait absolument envisager de suivre la tendance mondiale concernant l’optimisation de la formulation et la fabrication des aliments et la recherche de produits alternatifs à la farine et à l’huile de poisson, afin de réduire à la fois le coût de production, l’impact sur l’environnement, la dépendance à la pêche et la pression sur les stocks halieutiques. A cet égard, le challenge est de faire des essais de substitution partielle de l’huile de poisson dans l’aliment piscicole et voir ainsi, l’impact de cette substitution sur les performances de croissances et la qualité de la chair des poissons. Des essais de cette utilisation de sources de lipides alternatives à l’huile de poisson, objet de notre collaboration avec l’INRH, ont donné des résultats préliminaires probants qui nécessitent d’être davantage approfondis.

Parmi les projets phares lancés par AHP figure la conception de l’usine du futur de valorisation des produits de la mer. Où en est ce projet ?
En effet, depuis une décennie, Agadir Haliopôle Cluster et ses partenaires se sont engagés dans la voie de valorisation des produits de la mer et leurs coproduits. Le but est d’optimiser l’usage de la ressource et répondre aux objectifs de développement durable susceptibles de faire l’objet d’activités et processus optimisés de l’usine du futur. C’est dans ce contexte que l’AHP a fait de ce projet une priorité. A travers sa réalisation, AHP veut contribuer à l’amélioration de la performance des unités de valorisation des produits de la mer au Maroc, en général, et dans la région Souss-Massa en particulier.

Notre vision est de construire un modèle d’usine du futur adapté au contexte local et tenant compte des atouts et des défis de ce secteur dans la Région, à travers l’étude des solutions et les mesures pour leur intégration ainsi qu’une estimation des investissements. Cette démarche vise aussi à amener les entreprises de la Région à prendre des places nationales et internationales notoires sur le segment des produits et services innovants liés au secteur halieutique à forte valeur ajoutée et à forte croissance. Il s’agit aussi d’accompagner les différentes filières, notamment la conserve, la semi-conserve et la congélation… dans la transformation de leurs business plans, de leur organisation, leur mode de production et de commercialisation dans un contexte où le développement technologique fait rompre la cloison entre industrie et services. L’idée ainsi est de rebâtir des unités qui répondent aux différents besoins sociétaux, économiques et environnementaux.

Tout d’abord à travers des usines innovantes, compétitives, performantes et sûres qui sont aussi connectées à leurs réseaux (fournisseurs, clients…) et agiles, mais aussi flexibles afin de redresser facilement leurs activités pour s’adapter aux évolutions des marchés des produits de la mer et des technologies. Sur le plan de la compétitivité, il est question de fournir des produits et services différenciés par ces usines, à des prix compétitifs et à garantir leur qualité et traçabilité. Cette démarche passe des lignes de production et logistiques innovantes, mais aussi par des usines propres respectueuses de l’environnement, économes en matières premières et en énergie, notamment en matière d’économie verte et économie circulaire. Aussi, ces usines doivent mettre l’humain au centre de développement, pour mieux prendre en compte les attentes des collaborateurs et mieux attirer les talents et compétences dont elles ont besoin.

Qu’en est-il de la mise en place du futur bateau de pêche qui devra répondre aux enjeux de demain ?
AHP poursuit la réflexion sur les travaux à mener pour la mise au point du navire du futur, qui devra être plus performant quant à la sécurité et au confort de vie de l’équipage, mais aussi aux économies d’énergie et à la valorisation de la pêche. Il s’agit aussi de répondre aux problématiques actuelles de coût croissant de l’énergie, d’accidentologie importante, de quotas de pêche, d’obligation de minimiser l’impact sur le milieu halieutique et de difficulté de recrutement. Les navires de pêche actuels sont vieux de 30 ans et atteignent leurs limites, notamment avec l’augmentation du coût du gasoil, mais aussi avec la mise en place d’un cadre réglementaire plus stricte, notamment en matière de jauge, de longueur et de puissance.

Les principaux acteurs du secteur halieutique sont unanimes quant à cette question, car il est nécessaire de procéder à une refonte profonde des différents types de bateaux de pêche, en s’appuyant sur des critères solides de modernisation. Toutefois, il est nécessaire d’impliquer les autorités de tutelle pour une révision du programme de modernisation de la flotte côtière. Bien sûr, en tenant compte des critères auxquels répond le bateau du futur alors que le renouvellement de l’outil de production est conditionné par la mobilisation du financement, la conception des types de bateaux modèles et la révision du programme de modernisation de la flotte côtière. Aujourd’hui, les moyens financiers, requis pour faire construire de nouveaux navires, ne sont pas toujours facile à trouver, d’autant plus que le financement bancaire ne suit pas, selon les armateurs. Il y a une prise de conscience par rapport à la question du renouvellement de la flotte, à condition de résoudre la question du financement et des chantiers navals. Ce volet de renouvellement doit interpeller l’ensemble des intervenants économiques et mêmes politiques, en l’occurrence les Chambres maritimes, la Fédération des Chambres, le ministère de tutelle en plus de l’INRH et bien d’autres.

Quelles sont les autres pistes de développement sur lesquelles Agadir Haliopôle se penche actuellement ?
Conformément à sa feuille de route, Agadir Haliopôle se penche sur plusieurs pistes, notamment favoriser une meilleure valorisation des produits de la mer en plus de la promotion de l’investissement des entreprises dans la recherche et développement ainsi que l’amélioration de la compétitivité des entreprises en matière de productivité, valorisation des coproduits, économie d’énergie, réduction des sources de pollution…Il s’agit aussi de promouvoir une politique commerciale efficace, structurée et collaborative.

Yassine Saber / Les Inspirations ÉCO Suppléments


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