La photographie au Maghreb: un ouvrage déjà controversé !

Vient de paraître, sous la direction d’Abdelghani Fennane, un ouvrage au titre prometteur dont on pouvait penser qu’il comblerait des lacunes. En dépit de contributions souvent admirables, cet ouvrage collectif peine à faire émerger une vision d’ensemble.

Par Olivier Rachet

La prolifération des réseaux sociaux n’y est sans doute pas pour rien, mais la photographie est actuellement, au Maghreb, l’un des arts les plus en vogue. En témoigne la dernière Biennale des photographes du monde arabe contemporain, ayant eu lieu à Paris, au mois de septembre dernier. On ne compte plus les photographes marocains, tunisiens ou algériens qui prennent à bras-le-corps un art dont Abdelghani Fennane a, tout d’abord, le mérite de montrer qu’il est inséparable de la période coloniale.

Une lumière venue d’Europe

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Dans des pages plutôt inspirées, le poète et essayiste ayant dirigé l’ouvrage, raconte l’improbable rencontre entre l’ingénieur français Gabriel Veyre et le sultan Moulay Abdel-Aziz. Le premier initie aux rudiments de la photographie son hôte dont plusieurs clichés sont reproduits, notamment ceux représentant ses épouses qui étaient l’un des motifs de prédilection du sultan. Fennane analyse avec justesse l’ambivalence de ce rapport officiel à l’art photographique, fait à la fois d’un profond désir de maîtrise et d’une volonté tout aussi farouche de diabolisation. On ne se débarrasse pas, d’un revers de la main, de l’interdit qui pèserait, en islam, sur l’image.

Si des contributions tout aussi intéressantes concernent l’introduction de la photographie en Tunisie et en Algérie, on peut regretter qu’un chapitre conséquent n’ait pas été consacré aux différentes périodes coloniales. Qu’en est-il de l’utilisation de la photo dans les guerres d’indépendance ? Au-delà d’un aspect documentaire que nul n’ignore, la photographie a-t-elle ou non été liée à une forme de propagande ? Que la photo fût un art, on le savait ; mais on aurait aimé aussi savoir si elle aurait pu être une arme de combat.

La photographie contemporaine
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Il est étonnant qu’un ouvrage dont le titre ambitionne de retracer l’histoire de l’art photographique au Maghreb passe de l’époque ancienne à l’époque contemporaine, occultant au passage un demi-siècle de recherches et d’expérimentations. On l’a dit, de nombreuses contributions brillent par leur pertinence. Qu’il s’agisse avec Fatima Mazmouz de s’interroger sur les enjeux de la photo « des artistes issus de la diaspora maghrébine » ou avec Bernard Millet, d’analyser l’engagement sans faille d’un des meilleurs photographes au Maroc : Bernard Plossu, chez lequel le souci documentaire se prolonge souvent dans une ouverture poétique des plus fascinantes.

En étudiant la façon dont la photographie vient nourrir la pratique de plasticiens ou d’artistes visuels qui l’intègrent dans leurs dispositifs afin d’élargir leur pratique, Mohamed Rachdi rend un hommage mérité à des artistes incontournables de la scène contemporaine : Hassan Darsi, Hicham Benohoud, Lalla Essaydi, Mohamed Elbaz, Mounir Fatmi ou Mohamed Arejdal.

Des oubliés notoires

On peut là encore regretter une prédominance des photographes marocains, certes talentueux, mais au détriment de photographes algériens ou tunisiens dont l’absence étonne. Il en va de même pour des photographes marocains, devenus eux aussi incontournables, pour qui veut comprendre la diversité des directions prises par la photographie contemporaine, entre souci documentaire de la street photo et la quête de sublimation d’artistes s’interrogeant sur le sens même de ce qu’est la beauté. Où sont passés Lamia Naji, Deborah Benzaquen, Zakaria Aït Wakrim, Khalil Nemmaoui, M’hammed Kilito, Mehdy Mariouch, Amine Oulmaki, Mustapha Azeroual, Houda Kabbaj, Brahim Benkirane, Youness Miloudi, Malik Nejmi et tant d’autres qu’on nous excusera de ne pas citer ? Mettre côte à côte une seule et unique photo d’un artiste mondialement reconnu, grand gagnant des premières Rencontres photographiques d’Essaouira, Yoriyas, et une photo d’Achraf Baznani dont les talents de plagiaire ne sont plus à démontrer, ne cesse de nous interroger. Réjouissons-nous qu’un tel ouvrage existe, mais on peut déplorer l’absence de fil directeur et des partis pris parfois fort discutables.

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La photographie au Maghreb, sous la direction d’Abdelghani Fennane, éditions Aimance SUD.

Crédits photographiques : Deborah Benzaquen, M’hammed Kilito, Mehdy Mariouch, Yassine Alaoui Ismaili alias Yoriyas. Courtesy des artistes.

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