L’univers foisonnant et poétique de Mo Baala

L’artiste multimédia, découvert lors de la Biennale 2016 de Marrakech, présente trois œuvres inédites, dans le cadre de l’exposition « Héros, Anti-héros/Des personnages extraordinaires », au Comptoir des Mines de Marrakech. Il nous ouvre les portes de son atelier.

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Par Olivier Rachet

C’est in situ que le visiteur du Comptoir des Mines commence par découvrir Mo Baala. L’un des murs d’entrée de l’immeuble, transformé par Hicham Daoudi en espace d’exposition et résidence d’artistes, est recouvert de ces créatures découpées dans le cuir qui sont l’une des marques de fabrique d’un artiste adepte tout à la fois du street art et de l’action painting. Des boîtes aux lettres numérotées de 1 à 17 sont au centre du dispositif mais les véritables destinataires ont pris d’assaut l’espace comme autant d’aliens sortis tout droit d’un cerveau des plus imaginatifs.

Á mi-chemin entre les hommes et les animaux – à moins qu’il ne s’agisse aussi d’insectes dont Mo Baala dit admirer la grande variété –ces figures dont pas une ne ressemble à l’autre composent une chorégraphie étrange et fascinante à la fois. Prises isolément, elles peuvent représenter différents âges de la vie ou différentes positions d’un corps toujours en mouvement ; leur coexistence ne semble pas pour autant pacifique.

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La vulnérabilité de l’être

Mo Baala – aussi doué pour les collages, le dessin ou les installations in situ – décrit volontiers son travail en termes de captation. Dans la rue, au souk, dans l’intimité, son attention est toujours en éveil. Son défi est moins de représenter figurativement les êtres tels qu’ils sont mais de les capter le court instant d’un déséquilibre, d’une grimace ou d’un pas de côté. Tout est question ici d’énergie vitale et d’opportunités graphiques à saisir. « The Solution » est à cet égard un dessin fabuleux dans lequel les figures sont menacées par des êtres dont la gueule béante rappelle celle des crocodiles. L’inventivité visuelle ne fait pas oublier l’imminence d’un danger indiscernable.

On pourrait croire, comme nous y invite le dessin intitulé « My Nightmare », que le pullulement de ces créatures étranges sort tout droit de l’imagination de l’artiste. On songe aux dessins à l’encre de chine qu’utilisait déjà le poète français Henri Michaux pour laisser s’échapper ces résidus cauchemardesques hantant toujours les esprits les plus sensibles.

Au détour de la conversation, Mo Baala cite à plusieurs reprises les peintres flamands Jérôme Bosch ou Brueghel dont les toiles sont peuplées de personnages à mi-chemin du réel le plus inouï et des légendes les plus inquiétantes. Mais là où les peintres médiévaux recouraient à des allégories aux clés souvent multiples, l’artiste marocain semble n’avoir aucune interprétation en ligne de mire. Le spectateur est libre de ses émotions. Doit-on rire de ces sarabandes magnifiques ou s’effrayer du danger qu’elles recèlent ? Á chacun ses clés de lecture.

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Le paradigme perdu de l’enfance

Quoiqu’il en soit, une thématique revient souvent dans l’œuvre protéiforme de Mo Baala ainsi que dans ses propos. Arabe casaoui par sa mère, Amazigh par son père, le plasticien a passé une large partie de son enfance et de son adolescence à Taroudant. Il évoque, à demi-mot, les conflits familiaux et si l’on y prête attention, on verra souvent apparaître, sous les feutres aux couleurs pourtant vives, des enfants en miniature tiraillées entre deux figures opposées derrière lesquelles il est facile d’identifier les figures parentales ainsi qu’un clivage identitaire structurant. Le logo ternaire de l’artiste (Pa Me Mo) peut se lire comme la figuration de ce grand écart de l’enfant entre deux identités antagonistes.

Il s’est d’ailleurs inspiré, pour l’exposition du Comptoir des Mines, de l’œuvre par excellence de la littérature pour enfants : Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. « The little Prince in Taroudant » se présente comme une toile cinétique où l’on identifie les remparts de la ville du Haut-Atlas devant lesquels se déploient des sphères où l’on reconnaît, à son écharpe en bandoulière, le héros éponyme du roman de l’aviateur-écrivain français. Les seules planètes qui vaillent ne sont-elles pas celles sorties tout droit de nos souvenirs d’enfance et de notre imagination que Mo Baala porte à une incandescence rare ?

 


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