L’infini de la photographie selon Zakaria Aït Wakrim

Le jeune prodige de la photographie marocaine expose pendant trois mois sa série Irology à la FNAC du Morocco Mall. Une belle occasion de découvrir un travail hors norme.

Par Olivier Rachet

Le marché de l’art a ses salles de vente. Le marché a ses temples de la consommation. On pourrait s’étonner de voir un jeune photographe investir l’une des grandes enseignes du Morocco Mall mais ce serait une réaction de puriste. Ce serait aussi méconnaître les méandres de l’histoire de l’art qui s’écrit moins dans les livres ou les catalogues que dans les espaces interlopes ou les lieux de passage.

Les grands peintres de l’âge baroque n’exposaient-ils pas leurs œuvres in situ, dans ces temples de la spiritualité que l’on appelle encore des églises ou des cathédrales ? Le geste du photographe, pour iconoclaste qu’il paraisse, est à saluer. Il prend le contre-pied d’une approche élitiste de l’art qui aurait abandonné la rencontre avec le public. On court toujours le risque d’un péril en la demeure.

Zakaria Aït Wakrim est déjà un photographe populaire. Originaire de Casablanca, il vit depuis une dizaine d’années, à Malaga, en Espagne mais il a réussi à toucher un large public grâce à une publication régulière de son travail sur son blog. Les galeristes crient parfois au scandale et aimeraient faire main basse sur une œuvre des plus prometteuses. Beaucoup se plaisent, malgré tout, à reconnaître que le photographe a déjà son propre univers. Ses clichés sont reconnaissables entre mille. Loin des ornières de la photo documentaire, toujours quelque peu folklorique, ou des compositions savamment agencées, son approche repose sur un lent travail de déconstruction de la couleur.

En privilégiant un spectre infra-rouge nécessitant de longs temps de pose, le photographe approche au plus près le mystère de la lumière. Il faut l’entendre parler de ses partis pris esthétiques pour mesurer le caractère savant de sa pratique. « La lumière est une vibration, un rythme » explique-t-il, en souvenir des cours d’optique suivis pendant sa formation d’ingénieur. « Ne parle-t-on pas, d’ailleurs, de bruit blanc ? » poursuit celui pour qui la « métaphore est une définition du réel ».

La lumière n’existe pas

Le photographe a conçu cette série de toute beauté comme un acte de révolte contre une conception naturaliste de la lumière. « Il n’y a pas de lumière naturelle » aime- t-il rappeler. « Si la photographie désigne l’écriture de la lumière, alors laissez-moi utiliser celle-ci comme bon me semble ! » Certains goûteront le caractère expérimental de la démarche, d’autres méditeront la portée métaphysique d’une telle approche.

Zakaria Aït Wakrim conçoit, de son côté, cette étape de son travail comme un manifeste censé rappeler l’insuffisance de nos seules perceptions rétiniennes. Celles-ci varient, en effet, selon les spectres chromatiques. Ce qui intéresse l’artiste est le point de rencontre entre le monde et la conscience qu’il en a.

Le génie de ce jeune photographe au talent prometteur réside dans ce va-et-vient permanent entre une capacité d’abstraction détonnante et une pratique irradiante d’un art qu’il porte à sa plus haute incandescence. On peut être sûr que les visiteurs seront nombreux à rêver devant cet infini fait photographie.

Exposition photo Irology du 8 décembre au 8 mars, à la FNAC du Morocco Mall.

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