L’immigration au Maroc: « un sujet que l’on ne peut plus ignorer » (entretien)

La Moroccan Fulbright Association (MFAA) a organisé son colloque annuel, le 3 décembre 2016, sur le thème: « Immigration, intégration, citoyenneté ? ». À cette occasion, Jalil Bennani, qui intervenait lors de cette journée, a rencontré Mounia Tagma, présidente de l’association. Entretien.

Pouvez-vous nous présenter votre association ? Quels sont ses objectifs, ses membres et le but de sa représentativité marocaine ?

La Moroccan Fulbright Association (MFAA) réunit les lauréats marocains du programme Fulbright, l’un des programmes d’échanges les plus prestigieux au monde. Fulbright permet chaque année à plusieurs Marocains, sélectionnés sur des critères de mérite, de poursuivre des études ou des recherches aux Etats-Unis. De nombreuses personnes publiques marocaines figurent parmi les lauréats: Mohamed Benaïssa, ancien ministre des affaires étrangères, Ahmed Réda Chami, ancien ministre de l’industrie et actuel ambassadeur auprès de l’Union européenne, Youssouf Amine El Alamy, écrivain, Amine Bensaid, président de l’université Mundiapolis, Rahma Bourqia, sociologue…

MFAA permet d’entretenir le réseau Fulbright au Maroc et contribue, à travers les évènements qu’elle organise, à faire avancer le débat sur des sujets d’actualité comme la place de l’anglais dans le système éducatif, l’inclusion sociale…

Quel est votre propre parcours ? Depuis quand présidez-vous l’association ?

Mon parcours est quelque peu atypique. Enfant de diplomate, j’ai grandi entre le Maroc, l’Europe et l’Afrique centrale. Lorsque j’avais 17 ans, ma famille est rentrée au pays. Mon bac en poche, et alors que la plupart de mes camarades de classe allaient poursuivre leurs études supérieures en France, j’ai rejoint Al Akhawayn, une université marocaine de système éducatif américain. C’est là que j’ai connu ma première véritable expérience dans l’associatif avec Hand in Hand, une association de solidarité fondée par des étudiants d’Al Akhawayn qui œuvrent en son sein.

Après obtention de mon bachelor, j’ai travaillé quelques années à Rabat avant de partir aux Etats-Unis pour obtenir un master en politiques publiques à Harvard. Cette expérience a transformé ma vie et c’est à Fulbright que je la dois. Mon engagement au sein de MFAA, depuis 3 ans, est ma manière de dire merci.

Pourquoi avoir choisi le thème « Immigration, intégration, citoyenneté » pour votre conférence annuelle ?

L’immigration au Maroc est un sujet que l’on ne peut plus ignorer. C’est une réalité visible aux quatre coins du pays. Il devient de plus en plus évident qu’une partie des migrants présente au Maroc y restera, ce qui pose la question de leur intégration à long terme. La citoyenneté, quant à elle, nous lui avons volontairement associé un point d’interrogation afin de poser le débat sur cette question. Tous ceux qui ont, d’une manière ou d’une autre, été migrants, ou qui ont un parent migrant (en France, en Belgique ou ailleurs) comprennent qu’une réelle intégration est très difficile sans accès à la citoyenneté du pays d’accueil. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer l’intégration des migrants. Il s’agit d’en faire des membres à part entière de notre société, avec les mêmes droits, les mêmes opportunités, mais aussi les mêmes devoirs, dans l’intérêt même de notre société. Ils constituent une richesse par leurs compétences et leur diversité culturelle et linguistique. Poser ce débat, c’est poser la question : quelle société voulons-nous ? Il faut comprendre que l’alternative à la citoyenneté n’est pas l’absence de migrants – aucune frontière n’est hermétique –, mais l’exclusion permanente d’une partie de notre société.

Cette journée a été particulièrement riche grâce à la présence d’intervenants venant d’horizons variés. Les débats qu’elle a suscités ont été très denses. Quels en ont été, selon vous, les apports ? 

La conférence a montré l’énorme travail qui se fait, en particulier par les acteurs de la société civile. Elle a aussi montré que les pouvoirs publics et les décideurs ne sont pas fermés à la question sur les problématiques exposées. Je pense en particulier au droit de la citoyenneté qui a évolué au cours des dernières années (les enfants de mère marocaine et de père étranger ont désormais droit à la nationalité de leur mère) et qui semble pouvoir encore évoluer.

Les intervenants ont également mis en lumière plusieurs visages de la migration. Les immigrés présents aujourd’hui au Maroc sont venus pour différentes raisons : économiques, sécuritaires, écologiques… Ceux qui quittent leur pays en raison de persécutions liées aux régimes politiques, aux guerres et à différents conflits ne leur permettant pas de revenir dans leur pays sont des réfugiés bénéficiant d’un statut différent auprès des organismes internationaux.

Indépendamment de leur origine géographique, les immigrés présents au Maroc vivent des situations très différentes avec cependant beaucoup de points communs. Certains sont relativement intégrés, par leur travail, par un mariage avec un conjoint marocain, et ont décidé d’investir toute leur énergie à s’établir ici ; mais d’autres sont sans ressources. D’autres encore ne projettent pas leur avenir au Maroc et cherchent à rejoindre l’Europe. Mais pour tous, le statut d’étranger semble présenter un défi quasi-quotidien.

Quels sont les projets de votre association ? 

L’association MFAA continuera d’alimenter la réflexion sur des sujets majeurs, en capitalisant sur les expériences et les expertises de ses membres. Beaucoup de ces sujets sont régionaux, voire mondiaux. C’est pourquoi MFAA s’ouvrira davantage aux autres associations Fulbright, notamment en Europe, pour des actions communes.

Quels sont vos souhaits et ambitions personnels ? 

Après plus de 5 ans passés dans un organisme public, je me lance en tant que consultante en politiques publiques. C’est une aventure nouvelle qui me permettra, je l’espère, de continuer à contribuer au développement de mon pays et à être force de proposition.

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