La danse marocaine s’invite au festival d’Avignon

Dans le cadre d’un Focus arabe des arts présenté par le metteur en scène égyptien Ahmed El Attar, le chorégraphe marrakchi Taoufiq Izeddiou présente le troisième volet d’une trilogie consacrée à la transe dans la tradition soufie.

Par Olivier Rachet

Avec ce troisième solo intitulé « Délire parfait » et qu’il présente comme « un work in progress », Taoufiq Izeddiou clôt une trilogie débutée, en 2011, avec « Aaléef » et poursuivie avec « En alerte », présenté lors du festival de Montpellier danse, en 2016. L’expérience intérieure de la transe est au cœur d’un travail dans lequel la musique est partie prenante. Accompagné de Mathieu Gaborit, qui passe avec une rare dextérité du guembri – instrument traditionnel des musiciens gnaouas – à la guitare électrique dont le danseur s’emparera comme une arme plus inoffensive qu’il n’y paraît au premier abord, le chorégraphe arpente le plateau, en quête de ce souffle intérieur qui est l’apanage des saints.

La voie étroite de la sagesse

Tout se joue autour de la confrontation entre la quête éperdue du danseur et les riffs du guitariste qui viennent ponctuer des interrogations métaphysiques dont il nous est fait part en début de spectacle. Le propos de Taoufiq Izeddiou, qui récite un texte de Mahmoud Darwich publié en 1982, est plus imprécatoire qu’incantatoire. Muni d’un micro filaire, le danseur invective la puissance défaillante des États corrompus, dit sa nostalgie d’une époque arabo-andalouse devenue mythique dans l’inconscient de chacun et exprime la difficulté à trouver la voie devenue étroite de la sagesse ou d’une spiritualité dont nos corps post-modernes font aujourd’hui peu de cas.

« Ce texte parle de la Syrie, ajoute le chorégraphe, des régimes qui tombent, des tribunaux qui se mettent en place pour les dictatures. Il parle aussi du commencement et des créations qui commencent, chaque jour ». Il s’agit ici pour le poète palestinien de « déclarer son athéisme » et, précise le danseur, de « mettre en valeur la spiritualité plutôt que la religion ».

Loin des propositions parfois rébarbatives du festival In, le chorégraphe nous donne ici à voir et à entendre la beauté rythmique qui se trouve au centre de cette guerre intérieure que l’on appelle à la légère « la foi ». Comme dans le spectacle précédent « En alerte », différents noms de dieu défilent sur un écran géant en fond de plateau. Afflux qui est moins celui des religions que de la parole lorsqu’elle trouve la force de s’incarner.

Le rythme du monde

Il est une prosodie propre à tous les spectacles de Taoufiq Izeddiou – fondateur de la première compagnie de danse marocaine Anania et créateur du festival « On marche » –  et ce dernier ne fait pas défaut. Il est aussi des rituels dont lui seul semble avoir la clef. À l’image de cette lente procession où, affublé d’un sac rempli de sable, le danseur arpente de nouveau le plateau pour dessiner une rosace en forme de labyrinthe sans issue: « on est ici dans la spirale, précise le chorégraphe, dans le cercle de la vie, dans tout ce qui tourne autour de nous et à l’intérieur de nous ».

Puis, il revêt un casque de moto dont on se demande s’il n’est pas à l’image de l’enfermement intérieur qui est alors le nôtre. C’est à un véritable acte de foi dans la danse et dans la possibilité d’une spiritualité retrouvée que nous invite ce spectacle hors du commun. « Je suis un corps qui croit beaucoup à la danse », conclut avec ferveur un chorégraphe à suivre assurément et dont le théâtre du Tarmac présentera, en février 2019, à Paris, le prochain spectacle de groupe.

« Délire parfait » de Taoufiq Izzediou, Théâtre de la Manufacture, Avignon Off, Château de Saint-Chamand.


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