Faut-il lire le dernier ouvrage de Leïla Slimani ?

La romancière marocaine, prix Goncourt 2016, est aujourd’hui sur tous les fronts. Nommée représentante personnelle du président de la République française pour la francophonie, elle publie ces jours-ci un court texte consacré à Simone Veil, femme politique française décédée l’an passé. Décryptage d’une stratégie marketing imparable.

Par Olivier Rachet

Leïla Slimani aime être sous les feux des projecteurs. Cette jeune romancière, ayant publié à son actif deux romans plutôt consensuels, a déserté depuis quelques temps le terrain de la littérature pour mener des combats qui lui tiennent à cœur. Sans doute est-ce pour avoir trop souvent entendu le reproche de se désintéresser de son pays natal, le Maroc, qu’elle décide, l’an passé, de mener au pas levé une enquête de terrain concernant la sexualité au Maroc.

Paru en 2017, Sexe et mensonges, la vie sexuelle au Maroc s’apparentait à un réquisitoire contre une société patriarcale, laissant au final peu de libertés aux femmes. L’ouvrage s’appuyait sur de nombreux témoignages, sans que l’on sache quelles avaient été les conditions de recollection de la parole ni les langues dans lesquelles ces propos avaient été tenus. La question de la traduction, ô combien sérieuse, était restée lettre morte.

Une intellectuelle engagée ?

Comment une romancière plutôt laborieuse se transforme, sous les feux des médias, en intellectuelle engagée et en « ambassadrice » de choc de la francophonie? En surfant sur la vague des attentes d’une opinion publique qui prend autant plaisir à voir une femme lutter contre les préjugés masculins qu’à la voir défendre des figures devenues incontestables. Certes, Simone Veil était une femme admirable, une « héroïne » comme l’indique le titre de l’ouvrage: Simone Veil, mon héroïne. Construit sur un parallélisme que l’on peut juger orgueilleux, le titre rappelle surtout les titres d’ouvrages destinés à un jeune public.

Il est de bon ton de s’adresser, aujourd’hui, à des lecteurs, en adoptant la posture du donneur de leçon, d’un adulte qui se transforme beaucoup plus en procureur qu’en véritable intellectuel, essayant de combler le fossé qui se creuse entre ceux qui croient comprendre le monde et ceux dont on imagine qu’ils sont dépourvus de tout moyen d’analyse.

Le dernier ouvrage publié par l’auteur et illustré par Pascal Lemaître, tient en quelques phrases d’une grande banalité, recyclant des informations accessibles par tout moteur de recherche, en un seul clic. Rien de nouveau sous le soleil: on connaît l’expérience tragique de la Shoah qui fut celle de Simone Veil, on sait qu’elle fut la première femme présidente du Parlement européen, nul n’ignore qu’elle a contribué à dépénaliser l’avortement en France, après un long combat législatif. So what? Seules les images, non dépourvues d’humour, rendent la lecture plaisante.

Leïla Slimani s’enorgueillit de parler pour les analphabètes que nous sommes tous à ses yeux, pour ces femmes contraintes d’avorter en toute clandestinité, pour ces autres femmes ayant subi des viols ou toute autre forme de violence conjugale. La cause est noble, c’est entendu. Mais lorsqu’un écrivain se transforme en procureur et en protecteur de la morale, il adopte, certes, une stratégie marketing redoutablement efficace, mais déserte, en même temps, le terrain d’exploration que se doit d’être la littérature. Chère Leïla Slimani, vous nous êtes très sympathique, mais nombreux sont les lecteurs à se demander quel rôle est aujourd’hui le vôtre?

Leïla Slimani, Simone Veil, mon héroïne, éditions de l’aube.


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