Expo: Bachir Demnati au Comptoir des Mines

Le samedi 20 octobre prochain, le Comptoir des Mines Galerie ouvre sa saison artistique avec pour premier projet “L’Exposition (In)attendue” de Bachir Demnati.

40 ans après son terrible accident survenu à proximité de Marrakech en 1978, l’éloignant de la scène artistique marocaine, Le Comptoir des Mines Galerie est très heureux de présenter, de nouveau, aux amateurs d’art ses recherches et de dévoiler finalement son œuvre. “À la suite d’une série d’événements entre 2015 et 2016, nous avons pris connaissance du destin peu ordinaire de cet artiste et nous avons entamé une série de discussions  pour le convaincre de présenter son travail de nouveau. Nous trouvions sa trace dans de nombreux catalogues d’expositions antérieurs à 1978 et ensuite plus rien, comme s’il avait été effacé volontairement de l’histoire des arts plastiques marocains”, déclare Hicham Daoudi, spécialiste de l’art au Maroc.

Membre fondateur de l’AMAP (Association Marocaine des Arts Plastiques) en 1972, Bachir Demnati avait pris part à un ensemble de manifestations collectives tout au long des années 70, aux côtés d’illustres artistes marocains qui lui ont permis de gagner une reconnaissance certaine à cette époque.

À la suite de son accident, il décida de se consacrer pleinement à sa seconde activité d’architecture d’intérieur à Tanger où il participa à la réalisation de grands projets hôteliers.

Naissance d’une vocation

Né en 1946 à Tanger, Bachir Demnati est très vite interpellé par la vie artistique en rencontrant très jeune des artistes européens qui peignaient sa ville. Agé de 10 ans, il réalisera des graphismes pour son équipe de Football « El Alam » et suivra des cours d’art plastique prodigué par Henri Moie au lycée Ibn El Khatib. En 1964 son père décède et il décide à l’âge de 17 ans de réaliser des commandes artistiques pour des hôtels de la ville.

Bachir Demnati apparaît réellement dans le paysage artistique marocain en 1965, à l’occasion de sa première exposition individuelle au Casino de Tanger soutenue par l’association des anciens élèves du Lycée Ibn El Khatib, alors qu’il est encore élève de terminal.

Grâce à cet événement il bénéficie d’une bourse d’excellence attribuée par l’ONU, qui lui permettra d’étudier en Belgique où il séjournera entre 1965 et 1969, pour étudier à l’Ecole Supérieure des Arts Visuels de Bruxelles communément appelé La Cambre. Il suivra particulièrement l’enseignement de Christophe Gevers qui l’incitera à toujours exploiter et travailler de nouveaux matériaux. De retour au Maroc, il tente de mener de front son activité artistique avec celle de directeur des ateliers de production au sein du fameux cabinet d’architecture Guy Stenier, en 1969. Au bout de quelques mois et pendant qu’il préparait sa grande exposition personnelle au Casino municipal de Tanger pour le mois de novembre, des événements dramatiques vont précipiter le cours de sa vie. Guy Stenier décède dans le crash d’un vol intérieur marocain au départ d’Agadir, laissant le cabinet orphelin. Le jeune Bachir et un autre collègue Belge décident de reprendre la direction du Cabinet qui se nommera désormais « Ghesquiere-Demnati ». Le 18 Janvier 1970, il exposera enfin au Casino Municipal de La ville sous le « patronage » de Son Altesse la princesse Lalla Fatima Zohra et du gouverneur de la ville le commandant Hosni Benslimane.

Ses œuvres interpelleront très vite le public qui découvrira des œuvres aux graphismes saisissants, bien éloignées des matériaux en vue à cette époque. La scène marocaine ne tarde pas à le solliciter à travers Mohamed Melehi qui l’invite à venir enseigner à l’école des Beaux-arts de Casablanca.

Ne pouvant délaisser son entreprise d’architecture, il ne peut rejoindre le groupe de Casablanca, mais s’associe à l’idéologie de ce mouvement et devient membre fondateur de l’AMAP en 1972. À partir de ce moment et jusqu’à son accident, il participera à tous les événements organisés par cette association.

En 1975 à Tanger, il accueille Melehi et Chabaa pour une exposition majeure dans son espace « la Galerie Cotta ». Les archives de ce moment témoignent de la qualité des recherches menées par les 3 artistes qui ont des liens évidents entre eux. Bachir Demnati est à ce moment une des figures importantes de la scène plastique marocaine.
Suite à un accident, il ne peut être présent au premier festival d’Asilah où ses œuvres sont pourtant exposées, et décide de se consacrer à son activité d’architecture d’intérieur. Il prêtera une dernière fois ses œuvres à la grande exposition marocaine de 1980 à la fondation Juan Miro de Barcelone.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais le dialogue entamé en 2015 avec Hicham Daoudi va progressivement l’amener à présenter certains de ses travaux en vente aux enchères à Casablanca. La sélection d’une de ses œuvres à la grande exposition organisée à Dubaï en Mars 2018 autour des « Cinq écoles de modernité arabe, à travers cinq décennies » par Sam Bardouil et Till Ferhat le révélera à un très large public, et son œuvre deviendra à la surprise générale, l’emblème de l’événement en étant désignée comme la couverture de ce prestigieux catalogue.

Au cours de la saison à venir et à travers différents projets, Comptoir des Mines Galerie rendra hommage au “Mouvement de Casablanca” en mettant en avant deux générations d’artistes réunies autour des mêmes aspirations socio-culturelles.

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