Bousbir, mythe casablancais de la prostitution

Par Soraya Adny

Durant le protectorat, Casablanca a eu son bordel à ciel ouvert. Appelé pudiquement « Quartier Réservé », le quartier Bousbir hébergeait plusieurs femmes de toutes les origines qui satisfaisaient les désirs les plus fous des colons et des Marocains. Retour sur une page de l’histoire de la prostitution au Maroc. 

Au beau milieu des années 40, les guides casablancais invitaient les touristes, amateurs d’études de mœurs à visiter la ville close de Bousbir, quartier connu pour ses femmes publiques. Bien que ces prostituées de toutes les origines évoluaient dans un cadre dit poétique, la réalité était toute autre.

Ces dernières étaient assujetties et soumises à une surveillance draconienne de la part de la police et des services sanitaires. En effet, à cette époque, ces femmes étaient obligées de réaliser les désirs des clients à n’importe quelle heure et à n’importe quel moment de la journée. Aucun moment de répit ne leur était accordé. Elles étaient ainsi parquées dans des maisons bâties dans la vieille Medina de Casablanca.

Quartier chaud de Bab Marrakech

Les terrains où résidaient ces filles de joie appartenaient à un Français du nom de Prosper Ferrieu qui,  malgré son opposition, a donné son nom à l’un des quartiers les plus chauds de la ville. C’est ainsi que « Prosper » devint « Bousbir ». Au tout début en 1914, ce quartier chaud se trouvait à Bab Marrakech en bordure de la Medina. Neuf ans plus tard, le chef des Services municipaux de Casablanca exigea que les femmes de Bousbir soient réunies dans un quartier moins central. C’est donc pour cela que le quartier de débauche fut déplacé loin des regards à Derb Soltane.

Entièrement clos de murs, le quartier Bousbir ne possédait qu’une seule entrée, il était composé de blocs à usage d’habitation. Ces blocs étaient séparés en forme de petites ruelles portant le nom de femmes de toutes les régions du Maroc ( Fassia, Mzabia, Marrakchia, Bidaouia …). Chaque ruelle comprenait huit cafés, des boutiques commerciales, un hammam et un cinéma.

Les peintres, les journalistes, les militaires, les marins ainsi que les intellectuels de l’époque s’accordaient à donner à Bousbir une image de légende urbaine érotique, un endroit plein de poésie et une source d’inspiration pour eux, ils chantaient les charmes de la femme libérée marocaine avec des airs des Mille et une nuits. Or la réalité était toute autre, ces femmes étaient la plupart du temps des esclaves de leurs entremetteuses et étaient souvent sujettes à la maladie incurable de l’époque, la syphilis.

Excepté quelques femmes libres et libérées, toutes les autres étaient sous l’emprise de leurs maquereaux ou de leurs patronnes entremetteuses qui avaient main basse sur leurs maigres revenus. La prostituée typique de Bousbir était une domestique soumise à ses bourreaux qui vendait son corps pour quelques pièces. Presque toutes les femmes issues de Bousbir ne pouvaient pas penser à l’évasion, car même à leur retour dans leurs régions, ces dernières seraient refusées par leurs familles respectives et aucune d’elles n’aurait pu se permettre de vivre une nouvelle vie honnête à Casablanca.

Trois ans après l’indépendance du Maroc, les autorités ont décidé de fermer définitivement le quartier de Bousbir en 1958. Sa nouvelle fonction était d’héberger les forces auxiliaires et leurs familles, c’est ainsi que Bousbir devint dans la mémoire collective mieux connu sous le nom de quartier Baladya. Quant aux rues de l’ancien Bousbir, la municipalité a décidé à la fin des années 90 de rebaptiser les rues comportant les noms des origines des prostituées et ainsi une page de l’histoire marocaine et de sa mémoire libertine ont été effacées à jamais.


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