Un nouveau modèle de développement: est-ce possible ?

Chakib Benmoussa©MAP

La désignation d’une commission chargée de concevoir un nouveau modèle de développement pour le Maroc a provoqué un débat multidimensionnel sur la pertinence politique, l’intérêt national et les enjeux d’avenir d’un tel choix.

Nous sommes devant un événement qui, loin d’être anodin ou fortuit, s’inscrit dans le processus naturel d’interprétation des contours de préfiguration du Maroc post 2011. Autant dire que cette commission a et l’opportunité et la charge, d’élucider les jalons de la « rupture » entamée par le Maroc suite aux bouleversements régionaux mais aussi suite aux mutations internes de tout ordre.

1- Qu’appelle-t-on un nouveau modèle de développement? Rappelons d’abord que la notion de développement est une pure invention occidentale qui s’est érigée au fil du temps en une croyance indéfectible comme le rappelle pertinemment Gilbert Rist (le Développement, histoire d’une croyance occidentale, presses de Sciences Po 2001) et que la notion de modèle est une création « scientifique » onusienne qui constitue aujourd’hui le socle de la gouvernance mondiale largement critiquée par de grands esprits scientifiques tel Joseph Stiglitz.

Ce rappel d’ordre épistémologique a pour objet de mettre en évidence deux paramètres politiques que j’estime indispensables pour la réussite des travaux de cette commission. D’abord, le caractère national, et non nationaliste, de sa vocation. Sur cela, l’arbitrage qui devra se déployer entre les « standards internationaux » dont nous sommes volontiers prisonniers de par notre permissivité excessive à l’ouverture économique et les choix instituant une marocanité assumée doit déboucher, non sur un modèle reconnu, mais sur une liberté d’action capable de générer un modèle. Le consensus national doit se bâtir sur un modèle générateur de modèles de développement. Ensuite, la hiérarchisation des priorités devra répondre clairement à une conception consensuelle de la concordance des temps. Autrement dit, la question qui prévaudra est comment s’éloigner de l’esprit d’historien pour privilégier celui du politique.

Le jugement présumé sur la légitimité du politique et de son action doit prendre en considération la capacité de créer un avenir meilleur, par ailleurs consensuel sur ses standards, sans ni fustiger ni surestimer notre représentation du passé. Car comme le rappelle Astrid Von Busekist l’une dès clefs de l’appropriation de la modernité est la manière de se représenter la concordance des temps (penser la politique, presses de sciences po 2010). C’est dans ce sens que nous comprenons l’attaque d’un ex-chef du gouvernement adressée à la commission qui sous-tend la place de la légitimité de son courant dans les conclusions de ses travaux plus que la religiosité des membres de la commission.

2- Un modèle de développement marocain est-il possible? Jusqu’à présent le modèle de développement n’a été pensé que sur la base de réponses instantanées à des situations économiques, sociales ou autres désagrégées. Il a toujours ressemblé à une juxtaposition de politiques publiques sectorielles sans la moindre fibre philosophique au sens large du terme. Hormis le cabinet Abdellah Ibrahim dont les grandes réformes ont débouché sur un modèle de développement propre où le processus de libéralisation entamé au milieu des années quatre-vingt-dix du siècle précédent, le travail de la commission sur le cinquantenaire était beaucoup plus récapitulatif que prospectif. Aujourd’hui les travaux d’une telle commission est éminemment politique puisqu’ils se situent au dessous de la constitution et au dessus des politiques gouvernementales.

3- Les impératifs de l’émergence de nouveaux modèles de développement. Sur le plan méthodologique, cette commission a la charge de dégager le consensus national escompté sans tomber dans l’unanimisme stérilisant. Politiquement, il s’agit d’un redressement des multiples interprétations de la constitution de 2011 et qui doit mettre en valeur sa quintessence démocratique. Car, l’une des clés de la réussite du populisme est justement l’éloignement des pratiques politiques de l’essence démocratique de la constitution. Sur le plan économique, l’on devra s’atteler sur les paramètres moraux de la gouvernance largement étayés par la constitution: transparence, équité…. Socialement, le choix catégorique de l’égalité des chances comme élément fondateur de tout modèle de politique publique devra prévaloir comme une option d’Etat. L’enseignement, la santé et l’environnement. En guise de conclusion, un modèle de développement réussi est celui qui permettra l’émergence de nouveaux modèles de développement.

Par Soufiane Khairat

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