Pierrette Mjid n’est plus! Hommage à une grande dame

Par Belaid Bouimid 

Elle est partie “La femme au Couffin”, renversée par une voiture, au moment où elle faisait sa marche matinale sur la Corniche à Casablanca.
La “femme au couffin”, ce surnom elle le doit à ses engagements aux côtés de Mjid, du temps où elle approvisionnait le locataire du pénitencier mouroir de sinistre mémoire, Arbalou Nkerdouss.
Où Mjid avait été condamné à mort, comme le rapporte Mokhtar Soussi dans un livre consacré à notre Alcatraz et qui est également passé par cette prison où ont été exécutés de nombreux résistants nationalistes.
Le couffin, elle le porta ensuite lors des incarcérations répétées du militant Mjid, lors des “années de plomb”, période où il avait rejoint l’UNFP.
Le Couffin, elle le porta encore jusqu’à ce lundi 6 août 2018, tôt dans la matinée quand elle tomba, percutée par une grosse voiture.
Le couffin lui glissa entre les mains et ne connaîtra jamais sa destination, cette fois-ci: un orphelinat.
Oui, Pierrette adoptait des fillettes orphelines et s’occupait d’elles jusqu’à ce qu’elles deviennent adultes et partent à l’université.
Et elle recommençait le processus en “marrainant” d’autres orphelins. C’est ainsi que des Cosette et des Gavroche ont été récupérés par Pierrette.
Que de bergères sauvées rien que sur le passage, au ralenti, du couple Mjid dans la montagne.
Le scénario de Padre Padrone des frères Taviani a été le lot des Mjid, qui ont permis la reconversion de petites paysannes, aux pieds nus, devenues des médecins, des ingénieurs ou des avocates.
En plus les Mjid ont milité contre les accidents de la circulation et sur les routes qui enlèvent la vie ou handicapent à jamais.
Que de conférences, de colloques et de rencontres sur la voiture qui tue et dont l’une des victimes fut Pierrette, morte dans des conditions horribles!
Pierrette est originaire d’Angoulême, capitale mondiale de la BD et son dernier cadeau, qui m’a été légué par Mohamed Mjid est une boîte en carton, illustrée de vignettes et de bulles.
On devait faire le voyage, ensemble et à son invitation au prochain festival international de BD d’Angoulême.
Le sort en a décidé autrement et il est sûr que sa disparition laissera beaucoup d’orphelins, qui attendront longtemps le passage de Maman Couffin, qui ne passera plus jamais.
Femme libre et militante féministe, elle a énormément fait au profit de l’émancipation féminine et n’hésitait pas à s’engager dans toutes les causes, culturelles, artistiques ou sportives.

Aux côtés des Nawal El Moutawakil lors de toutes les manifestations tenues par notre première médaille d’or olympique.
La dernière fois à Ouezzane à l’occasion de la course des pensionnaires femmes de la prison de la ville, course remportée par une jeune prisonnière.
Elle a accompagné la course en survêtement, a pris les coordonnées de certaines de ces dames pour leur venir en aide et permettre leur réinsertion.
Beaucoup seront tout autant que nous, orphelines!
Pierrette sera inhumée au cimetière Rahma aux côtés de son fils Karim et de son époux Mohamed Mjid.
Retrouvailles pour l’éternité !

Non rien de rien
Non je ne regrette rien…

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