Le rôle du père dans le monde actuel: toute une histoire

Par Fouzia Taouzari, psychologue et psychanalyste

Avec la modernité, le rôle du père a changé : il nourrit, porte peau à peau, donne les soins, joue avec son enfant. On assiste à une volonté de répartition des tâches hommes/femmes. Milan Kundera appelle cela le phénomène de la « papaïsation » (dans son livre L’Identité). Se promenant sur une côte normande, il s’étonnait de voir beaucoup d’hommes adopter une attitude maternante : conduire la poussette, moucher le nez du bébé etc. Dans les familles traditionnelles, le père est le chef de famille. Dans les familles modernes, il en va autrement. Les parents partagent les mêmes responsabilités face à l’enfant. Une chose est frappante : ce n’est plus le couple qui fait l’enfant mais l’enfant qui fait la famille. Autrement dit, l’enfant est au centre de la famille, plutôt que le père.

Donner la vie n’est pas chose évidente. Jacques Lacan a fait valoir combien la procréation (« qu’un être naisse d’un autre ») est quelque chose de difficilement assimilable pour tout un chacun. Par contre, être père ou mère sont des fonctions symboliques. Celles-ci sont acquises par la voie de la transmission traditionnelle ou moderne. Cette transmission véhiculée au sein de la famille permet des identifications solides pour incarner ces rôles – père et mère – qui ne sont pas innées.

Entre tradition et modernité, nous voyons se dessiner deux positions extrêmes de la fonction paternelle que nous pouvons décrire ainsi : il y a les pères qui prennent le relais de la mère et assument de s’occuper de l’enfant autant qu’elle, dans une volonté d’égalité homme-femme et de partage des tâches, et il y a ceux qui clament haut et fort que c’est à la mère d’assurer le rôle de maternage, en attendant que l’enfant soit plus grand pour jouer avec lui ou lui apprendre la vie par la voie de l’éducation. Quand l’homme se positionne exclusivement comme chef de famille, comment la mère peut-elle trouver un espace pour advenir comme femme dans un ailleurs autre que la fonction maternelle ? Pour autant, le désir féminin est-il préservé quand l’homme occupe une place de mère dans une société soucieuse de l’égalité hommes-femmes ?

Être père – comme être mère – n’est pas naturel. Chacun assume cette fonction à partir de ce qu’il est et à partir de ce que lui-même a rencontré dans son histoire. L’enjeu dans toute cette affaire réside dans la place que chacun va accorder à l’autre en tant qu’être désirant au-delà de leurs fonctions parentales respectives. L’idéal de la tradition ou celui de la société moderne n’offre aucune solution parfaite. Les symptômes que nous rencontrons dans notre pratique quotidienne témoignent de ce défaut de savoir y faire. Chacun doit inventer pour incarner ces fonctions.

Fouzia Taouzari est psychologue clinicienne, psychanalyste à Nantes. Elle est membre de l’École de la Cause Freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Elle est Directrice du Centre Psychanalytique de Consultation et de Traitement de Nantes.

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