Le djihad de l’amour !

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PAR AHMED GHAYAT

En cette journée internationale de la jeunesse, c’est à nos jeunes que je voudrais m’adresser.

À nos jeunes et à ceux qui sont censés en avoir la responsabilité, c’est à dire les politiques, les élus, les enseignants, les éducateurs, les parents… bref NOUS TOUS !

Tout d’abord en notre nom à tous –même si je n’ai pas la prétention de réparer des décennies de mépris– je voudrais dire à nos jeunes que nous les aimons ! Nous savons à merveille dénoncer ce qui doit l’être : la délinquance, le hooliganisme, la drogue… tous ces maux dont une partie de notre jeunesse se rend coupable, en même temps qu’elle en est victime d’ailleurs, mais dans le même temps nous nous dédouanons allègrement de nos responsabilités, celles de l’Etat, celles des élus : quelle politique de la jeunesse, quelle politique de prévention, quelle politique culturelle, quelle éducation ?

Et nos responsabilités individuelles que nous avons tout simplement oubliées, ce qui a pour résultat de laisser nos jeunes abandonnés et livrés à eux-mêmes… Nous avons tout simplement oublié d’aimer nos jeunes, les cantonnant au mieux dans l’indifférence, au pire dans le mépris. La tentation de la radicalisation qui touche certains de nos jeunes –tout comme dans nombre de pays– cette fascination de la mort, cette attirance morbide et mortelle pour la violence, cette spirale qui les avale, m’ont fait obligation d’en rechercher les causes profondes et d’en tirer les enseignements. Or –et il est terrible d’avouer cela– ces jeunes n’ont plus «l’envie de vie». C’est un jeune de Sidi Moumen qui a provoqué le déclic en moi, en me répondant par une phrase qui m’obsède depuis, alors que je lui demandais : « Comment est-il possible qu’un jeune de 20 ans puisse « choisir » de se donner la mort en tuant des innocents ?» Il m’a rétorqué «Mais Ahmed, nous sommes morts dans nos têtes depuis si longtemps !»

J’ai alors compris que l’une des clés étaient là : nos jeunes ne s’aimaient pas. Comment pourrions-nous donc attendre d’eux qu’ils aiment les autres ? Et s’ils ne s’aiment pas, c’est parce que nous ne les aimons pas ! J’ai écrit sur ce thème, j’ai débattu sur ce thème, j’ai argumenté sur ce thème, provoquant parfois incompréhension, moqueries ou déni, certains voulant y voir de ma part la tentation «d’excuser l’inexcusable».

Or, bien évidemment, c’est de tout autre chose qu’il s’agit : la haine, la violence, la barbarie ne sont jamais excusables, mais tant que nous refuserons de nommer les choses par leur nom, nous ne trouverons pas les bons remèdes. Deux personnalités viennent d’évoquer ce thème en utilisant les mêmes mots : l’acteur Said Taghmaoui, dont le rôle dans le film La haine a marqué toute une génération, qui vient de déclarer : « Nous avons tout essayé envers la jeunesse des banlieues, tout, sauf l’amour !» Le second est Mohamed El Bachiri, époux de Loubna Lafquiri, décédée dans les attentats de Bruxelles et qui laisse derrière elle trois enfants en bas âge. Dédaignant tout désir de vengeance, il a appelé au seul djihad qui vaille, «le djihad de l’amour» !

Notre jeunesse mérite le meilleur. Pour cela, elle a besoin d’espaces à elle, elle a besoin de culture –oui de culture !– qui n’est pas, comme le proclament certains, un luxe ou quelque chose qui ne pourrait venir qu’après le pain. Non ! La culture est aussi indispensable que l’air que nous respirons, aussi indispensable que l’emploi, que la formation, que l’éducation… La culture est l’outil de l’épanouissement, l’arme contre la haine, contre la barbarie, l’instrument du vivre-ensemble.

Notre jeunesse a besoin que nous lui fassions confiance, que nous lui donnions l’occasion de se frotter aux responsabilités. Elle a besoin que nous lui laissions la possibilité de se tromper. Oui ! Le droit de se tromper ! Elle a besoin que nous cessions de lui envoyer à la figure l’image d’une génération dangereuse.

Elle a besoin de valeurs. Or, les valeurs, ce n’est pas en lui fabriquant des interdits, à tour de bras que nous lui donnerons la possibilité de s’en forger. Nos jeunes dans la société que nos politiques lui concoctent aujourd’hui sont vieux avant même que d’avoir été jeunes ! Dire cela ce n’est pas inciter à la débauche, dire cela c’est au contraire leur donner l’envie de vie, seule antidote possible au désir de mort. Aujourd’hui, disons à nos jeunes que nous les aimons et surtout donnons-leur des preuves de notre amour : cela passe par le respect, par la justice sociale, par l’égalité des chances, cela passe par des partis politiques qui –enfin– daigneront inclure dans leur programme une politique de la jeunesse digne de ce nom, cela passe par la reconnaissance de la jeunesse en tant que composante essentielle de notre société.

La jeunesse –outre ses atouts personnels– ne peut compter que sur le souverain qui a une conscience aiguë de ses attentes, de ses besoins, de ses rêves, et sur le tissu associatif qui agit sur le terrain. Or, tant que ceux qui votent les lois au parlement, ceux qui sont censés ériger des politiques au gouvernement, ceux qui votent les budgets dans les communes, ceux qui briguent les suffrages dans les partis, ignoreront les jeunes, leur marginalisation continuera de faire des ravages… La jeunesse n’a peut-être pas toujours raison, mais une société qui la méconnaît a toujours tort !

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