Chronique d’une vie ordinaire. Dada d’hier et femmes de ménages d’aujourd’hui

Marocaine, active, engagée dans sa vie personnelle et professionnelle, Meriem pose un regard curieux, parfois étonné, sur son quotidien et celui de ses compatriotes. Elle s’intéresse aujourd’hui aux « dadas », une histoire typiquement marocaine…

par Meriem Alaoui Rizq

Au Maroc, beaucoup d’entre nous ont grandi avec des « dadas », ces femmes qui, renonçant à leur propres familles et attaches régionales, venaient travailler dans des maisons en vue de subvenir aux besoins de leurs proches, souvent dépourvus de ressources régulières.

Ce va-et-vient de jeunes filles entre les villes et les campagnes a souvent généré un flux de revenus pérennes qui ont permis à beaucoup de familles rurales de pouvoir se prendre en charge, et ce, grâce au travail acharné et souvent pénible fourni par la cadette, confiée aux bons soins de sa famille d’adoption.

Toutes les « bonnes » placées en familles n’ont pas été violentées, maltraitées ou abusées mais, d’une certaine façon, cette privation de liberté interroge, à postériori, avec un regard d’adulte : vivant à plein temps au sein des familles, les bons comme les mauvais moments, elles en faisaient partie intégrante tout en sachant qu’elles étaient considérées comme des membres de seconde zone.

Regarder ce sujet avec des yeux d’adulte c’est comme écouter les blagues un peu macho qui faisaient bien rigoler avant, mais qui, après « Me too » et « balance ton porc », ont un goût amer, pour le moins.

On y voit aujourd’hui tout ce qu’il y avait d’inéquitable et de mal et qui ne faisait pas question parce que notre vue n’était pas ajustée pour le voir, à l’époque.

Mais l’époque, en effet, a changé et ce ne sont plus ces mêmes femmes qui travaillent, désormais, dans les domiciles des familles marocaines

Pour la plupart, elles sont plus âgées et se sont émancipées en se mariant ou en s’arrogeant, de fait, le droit de vivre comme celles chez qui elles travaillent désormais et à qui elles font subir une revanche d’au moins 3 générations.

Tarifs, horaires et conditions de travail, ces femmes de ménage « nouvelle génération » font les règles du marché et remettent, en le questionnant, un peu d’ordre dans un secteur dérégulé parce que, pour l’essentiel, informel.

Personne (ou presque) ne déclare personne, ce qui fait que les responsabilités des unes s’arrêtent là où commencent les devoirs des autres. Et comme tout est flou, y compris le cadre, tous les abus sont permis.

La polémique n’est pas l’objet de cette chronique parce des abus existent de part et d’autre, mais je tenais à terminer cette chronique par une anecdote : dans les années 2010, jeune mariée, je cherchais quelqu’un pour travailler au sein de mon nouveau « chez moi ». Il se trouve que mon chemin a recroisé, par un hasard dont la vie a le secret, celui de Malika, cette nounou qui travaillait chez nous quand j’avais 8 ans et que j’adorais.

15 ou 20 ans nous avaient toujours séparées mais quand je l’ai revue, moi dans ma trentaine et elle dans sa jeune cinquantaine, j’ai été interloquée : elle en paraissait au moins 70 : son visage, boursouflé et sillonné par des rides profondes, ses mains gonflées et jalonnées de veines bleues enflées, la courbure de son dos, je voyais, à la place de Malika, son outil de travail, un corps maltraité par la vie…  Ce travail de « bonne » n’est pas anodin, pas plus hier qu’aujourd’hui et nous avons la responsabilité, en tant qu’employeur, à ce que ces personnes qui gèrent nos intérieurs et nos familles, soient prises en charge de la manière la plus correcte qui soit. Le temps qu’elles passent chez nous, elles doivent être traitées comme un membre à part entière de la famille. Pas moins.

A suivre.

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