Chronique d’une vie ordinaire. 8 mars, la fête de qui…?

Marocaine, active, engagée dans sa vie personnelle et professionnelle, Meriem pose un regard curieux, parfois étonné, sur son quotidien et celui de ses compatriotes. Voici sa deuxième chronique.

par Meriem Alaoui Rizq

Ça y est, elle est revenue, la fameuse fête de la rose, la fête des cadeaux, la fête des coeurs …non, je ne fais pas référence à la St Valentin, je parle évidemment de la fête de la femme qui revient inévitablement, tous les 8 mars à grand renfort de roses et de bons sentiments.

On a beau le dire, se le dire, le répéter, rien n’empêche l’inévitable fleur rose de venir se faner sur le bureau de celles qui travaillent en présentiel ou en fenêtre pop- up pour celles qui ont le malheur de visiter des sites marchands ce jour-là.

Donc à toutes fins utiles, le 8 mars est la journée internationale des droits de la femme, et parmi ces fameux droits, j’aimerai revendiquer celui de ne pas me faire offrir de cadeaux futiles au titre que je sois une femme. Cette année, pas de fleur, de bracelet en toc ou de chaîne whatsapp avec des coeurs, je passe mon tour, merci beaucoup!

Au lieu de ça, j’apprécierai plutôt assez de pouvoir discuter de certains points en lien avec l’activité de la femme marocaine qui travaille. 

Valeur 2018, 70% des marocains estimaient que la place de la femme était à la maison.

Surprenant? Pas tant que ça quand on pondère les avis du Maroc profond et celui qui se donne à voir comme le Maroc moderne.

Même dans les environnements professionnels les plus ouverts, beaucoup de poncifs au sujet de la femme qui souhaite, comme de juste, tout faire, parce qu’éduquée sans autres limites que celles que lui fixe sa tête …

Donc, à celles qui souhaitent mener de front vie de famille et vie active, préparez-vous à faire face à de nombreux écueils visibles et d’autres, invisibles.

Tous celles qui sont passés par cette phase savent combien les enfants, cadeaux du ciel, sont depuis leur naissance à l’âge de 5 – 6 ans, des sujets logistiques pour leurs parents (à emmener chez le pédiatre ou à déposer chez les (beaux) parents parce que la nounou n’est pas arrivée à temps…) et c’est souvent à la mère, supposément moins chargée que son conjoint, de s’y coller :

A devoir s’excuser de devoir prendre une demi-journée pour pointer chez le pédiatre qui fait salle comble et prend 10 rdv sur le même créneau horaire,

A devoir mettre les bouchées doubles pour justifier sa position et inconsciemment compenser le temps passé à prendre soin de ses enfants,

A assumer que c’est normal de grimper moins vite, moins haut que ses pairs masculins, parce qu’elle a eu des enfants rapprochés et autant d’impératifs à gérer en même temps que sa carrière au cours de laquelle peu lui feront preuve de bienveillance ou d’empathie,

A se réveiller 2 heures plus tôt que tout le monde et se coucher bien tard, après avoir douché, fait diner et revu les devoirs de ses enfants,

A devoir mettre une tonne de maquillage pour cacher tant bien que mal les cernes qui vont avec « le plus beau métier du monde »,

A se retrouver souvent confrontée à ce plafond de verre qui, inévitablement, attend toutes celles qui se retrouvent à devoirs gérer 1000 chantiers et urgences de front, en plus de la charge mentale, cette «to do liste» infinie de tâches et de choses à faire pour la famille, le couple et soi, souvent en dernier.

La femme, souvent mère, n’a à mon sens pas grand- chose à fêter en ce 8 mars si ce n’est de continuer à se mobiliser pour se faire entendre, au-delà de ses devoirs, en faisant avancer ses droits, sans être questionnée sur ses choix.

Y compris celui de travailler, quand et comme elle le souhaite, en ayant toute l’ambition du monde.

Une pensée à tous ces hommes qui, en support de celles qui font avancer ce sujet,  se solidarisent de ce projet d’émancipation et, ce faisant, aident à faire bouger les lignes du Maroc de demain.

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