CGEM: Comment Mezouar s’est retrouvé dans la tempête

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La CGEM et son président sont au plus mal. Comment Mezouar s’est retrouvé empêtré dans la crise et comment pourra-t-il en sortir? Décryptage.  
par Hicham Bennani
22 mai 2018. L’ancien ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar est élu président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), au terme d’une Assemblée générale élective, tenue à Casablanca. Sur 6635 voix, le duo Mezouar/Mekouar a obtenu 5173 voix, contre 1432 voix pour Hakim Marrakchi. À ce moment là, tous les médias saluent la victoire de Mezouar et estiment qu’il a la carrure nécessaire pour prendre la place de Meriem Bensalah Chaqroun, la dame de fer de la CGEM. Mais au fil du temps, des tensions apparaissent au coeur de la Confédération…
Mal entouré 
Très critiqué pour sa manière de manager, Mezouar fait aujourd’hui face à un défi de taille: fédérer et ne pas perdre les membres les plus importants de son institution. “Mezouar gère la CGEM comme s’il gérait un parti politique, c’est ça le problème…”, nous confie une source bien informée. “Le problème ne vient pas uniquement de lui, il est mal entouré, mal conseillé et il essaye de faire plaisir à tout le monde”, ajoute notre source. D’ailleurs, le nouveau patron de la CGEM n’avait pas l’intention de se présenter à la présidence au départ. L’idée lui a été soufflée lors d’un événement à l’étranger. Et elle s’est finalement concrétisée sous l’influence de ses proches. Notons qu’il n’y avait pas de concurrence forte face à lui lorsqu’il s’est présenté. Autre souci, Mezouar n’a pas de salaire en dehors de la CGEM. La Confédération doit donc trouver des solutions idoines pour qu’il soit rémunéré.
L’arbre qui cache la forêt 
L’affaire Rahhou a été l’élément qui a fait éclater la crise au grand jour. Ahmed Rahhou, PDG du CIH a claqué la porte de la CGEM à cause de fortes tensions. Plusieurs versions sur les raisons qui ont poussé Rahhou a prendre du recul ont circulé dans la presse. Après enquête, nous avons obtenu quelques éléments qui confirment le malaise autour de Mezouar et ses difficultés à trancher sans forcément faire plaisir à tout le monde…
Abdelilah Hifdi, président de la fédération du Transport et de la logistique depuis plus de 15 ans, est un vieux routier de la CGEM. Il était directeur de cabinet de Driss Basri à l’âge de 23 ans. Ce qui en dit long sur certaines pratiques qui ne plaisent pas à tout le monde à la CGEM et qui ont, d’après certains bruits de couloir, “saboté” les plans de Mezouar. Dans le cadre d’une réunion du bureau, un proche de Hifdi s’est opposé à des idées de Rahhou. Hifdi aurait ensuite contacté Rahhou et eu une conversation houleuse avec lui par téléphone. C’est après cette méchante altercation que Rahhou aurait expliqué à Mezouar qu’il préférait prendre ses distances, dans un contexte où la gestion de la CGEM dépassait les prérogatives de son président. Mezouar a-t-il essayé de retenir Rahhou? C’est la question qui est restée sans réponse, mais ce qui est sûr, c’est que Mezouar n’a pas eu suffisamment d’arguments pour le convaincre de rester, étant donné que Hifdi “a trop d’emprise sur lui”.
Now or never 
“Mezouar a l’étoffe d’un grand patron, mais dans des situations pareilles il ne faut pas réagir trop à froid et trop prendre son temps, il faut aussi savoir trancher rapidement. Le fait d’attendre trop longtemps à causé des tords à Mezouar, il doit impérativement changer sa manière de procéder s’il veut réussir à la CGEM”, analyse notre source. “Mezouar doit recadrer ses troupes, sinon il va perdre les gens les uns après les autres”. Autre enjeu: gérer la CGEM d’une main de fer au Parlement, alors que son autorité est également contestée au groupe parlementaire.
La Confédération Générale des Entreprises a tenu le 14 décembre à Casablanca, son Conseil d’Administration. Après ses nominations, Mezouar devra prendre conscience que sa gestion de la CGEM ne passe pas uniquement par des déplacements à l’étranger ou par d’importants accords signés. Elle passe avant tout par un équilibre des forces en présence et à un suivi quotidien du travail pour ne pas que les vrais piliers le laissent sur la paille.
H.B.

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