Economie

IS, TVA, IR… Les recettes fiscales explosent en 2025

Jamais le Trésor n’avait encaissé autant d’argent, même au plus haut de la vague des privatisations ou de la cession des licences d’exploitation de la téléphonie mobile. Les rentrées d’impôt ont pulvérisé tous les records en 2025. Avec près de 95 MMDH, l’impôt sur les sociétés dispute désormais à la TVA le rang de première source de financement du budget de l’État, tandis que les rentrées de l’impôt sur le revenu (IR) bondissent grâce à l’explosion des transactions foncières et immobilières. Les recettes fiscales ont progressé de 12,4% en moyenne annuelle depuis 2021.

Le millésime fiscal 2025 restera historique, car il sera difficile à reproduire. Devant les élus de la Nation, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, qui prédit la poursuite de l’embellie, ne cachait pas son enthousiasme.

«La hausse des recettes fiscales confirme la poursuite de la dynamique de ces quatre dernières années», déclarait-il récemment.

En effet, depuis la sortie de la pandémie de covid-19, les recettes fiscales enregistrent un taux de croissance annuel moyen de 12,4%. Ce dernier tient en partie de l’élargissement de l’assiette, mais aussi d’une neutralisation de quelques foyers d’évitement à l’impôt, dont le gigantesque marché des fausses factures.

Moins de déficit, moins de dette
Pour le gouvernement, l’afflux massif d’argent dans les caisses de l’État signifie moins de stress et l’assurance de tenir les engagements sur la réduction du déficit des comptes publics. Avec des rentrées de recettes plus importantes que les prévisions, le gouvernement a contenu le déficit budgétaire à 3,5% en 2025, soit au même niveau que ce que prévoyait la Loi de finances. Moins de déficit implique également moins de dette.

Selon Lekjaa, l’endettement du Trésor a été réduit de 0,5 point du PIB, à 67,2% du produit intérieur brut. Au total, le Trésor a encaissé 43,8 milliards de dirhams (MMDH) de plus qu’en 2024. Une plus-value à laquelle il faut ajouter des économies substantielles réalisées sur les charges de compensation, notamment les subventions de gaz butane. Cette cagnotte a permis de financer les revalorisations des salaires des fonctionnaires, une mesure qui a fait exploser les dépenses du personnel de 15 MMDH.

Ces bonnes rentrées d’impôts ont surtout permis de financer la généralisation de la protection sociale qui a coûté 37,7 MMDH l’an dernier au budget de l’État. Selon les estimations du ministère des Finances, de 2015 à 2023, l’État a dépensé 111 MMDH au titre de soutien du prix du gaz, dont seulement 14% ciblaient effectivement les ménages les plus pauvres.

Trois piliers solides
La bonne nouvelle pour le Trésor est que les rentrées d’impôts devraient rester sur la même trajectoire à moyen terme. Le déficit budgétaire devrait ainsi se stabiliser autour de 3% sur la période 2026-2028, fait remarquer le ministre délégué au Budget. Cela «permettra d’inscrire la dette du Trésor sur une trajectoire baissière pour atteindre 64% du PIB à l’horizon 2028», promet-il. Les trois piliers du système fiscal, notamment l’impôt sur les sociétés (IS), la TVA et l’impôt sur le revenu (IR) sont en grande forme.

Le produit de l’IS se rapproche du seuil symbolique de 100 MMDH en 2025, malgré une forte polarisation de son rendement sur un noyau des grandes entreprises. Hors du secteur financier, seules 150 sociétés sur plus de 400.000 entreprises immatriculées au fisc réalisent un bénéfice de plus de 100 millions de dirhams.

Ce «club» contribue pour deux tiers aux recettes de l’impôt sur les sociétés. L’IS a rapporté près de 95 MMDH (94,79 MMDH précisément), marquant un rebond spectaculaire de 29%, soit six fois la croissance du PIB. C’est, de loin, le meilleur rendement de cet impôt depuis la grande réforme de 1990. Et il faut s’attendre à une nouvelle envolée en 2026, car le taux qui s’applique aux grands comptes du secteur financier – banques, assurances et sociétés de financement – passe à 40%.

L’IS est aujourd’hui la deuxième rentrée d’argent pour le budget de l’État, et dispute plus que jamais la première place à la TVA, malgré une assiette moins large. Depuis 2018, ses recettes ont quasiment été multipliées par deux.

Le poids mort des sociétés inactives
Toutefois, cette dynamique, qui pourrait être contrariée par l’existence de milliers de sociétés inactives (celles qui n’ont effectué ni déclaration ni paiement d’impôts durant trois ans), reste une équation pour les pouvoirs publics. Ces sociétés, dites «dormantes», représentent le 1/3 de la population des entreprises immatriculées.

À ce problème, il faut ajouter le phénomène des faux déficitaires parmi les milliers de sociétés qui déclarent des pertes depuis au moins quatre ans et celles qui déclarent juste un résultat au-dessus de la cotisation minimale. Portées par l’explosion des transactions immobilières (+21,8%) et le recul de la pratique de dessous de table, les recettes de l’IR ont progressé de 9,4%, à 65,38 MMDH en 2025. Cela représente 5,64 milliards de plus tombés dans les caisses de l’État. Les recettes brutes de la TVA à l’intérieur ont été de 48 MMDH, en hausse de 9,9%. À l’importation, la TVA a rapporté 63,25 MMDH.

Ainsi, le fisc a accéléré les remboursements dont le montant atteint un montant «historique» de 20,47 MMDH, de l’argent qui tombe directement dans la trésorerie des entreprises. Signe de la forte reprise des transactions immobilières, les droits d’enregistrement et de timbre explosent les compteurs: en 2025, ils se sont établis à 23, 84 milliards de DH, soit une hausse de 10,1%.

Abashi Shamamba

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