Franchement j’aime mon Maroc, mais parfois j’en ai honte

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OPINION – « Les femmes semblent ne pas être considérées comme citoyennes dans un espace public strictement machiste.
Après une longue journée, je décide de courir chez mon salon de coiffure qui se trouve exactement à une rue de chez moi.

Il est encore tôt, les rues sont remplies, je suis en pantalon et en pull demi-saison, question de pas me faire harceler et je guette les alentours, tête basse et je me faufile discrètement, en accélérant le pas, l’expression fermée, encore une fois pour dissuader toute approche éventuelle.

Donc j’avance tranquillement, quand une voiture derrière moi colle littéralement à mes pieds, le trottoir étant en travaux, je serre pour éventuellement laisser passer la voiture, cette dernière me colle toujours, je me décide à monter sur le tas de poussière, tout pour acheter ma tranquillité…le weekend vient à peine de commencer….violents coups de klaxon, exaspérée je me retourne…le conducteur tout en ayant stationné dans un recoin, n’étant pas fait pour ça, me regarde et lance au gardien (fraichement arrivé et inconnu du bataillon) « mal hadi m3ssba ouach bghat tdabez » (qu’est ce qu’elle a celle là, elle cherche la bagarre?).

Je le regarde, médusée, je me contiens et je décide de continuer ma route, un autre malade me dis-je….j’avance un bon moment et je me dis qu’il faudrait quand même vérifier qu’il ne me suivait pas (m’étant déjà faite agressée, il valait mieux vérifier).

Quelle ne fut ma surprise de le voir debout, près de sa voiture à me fixer de loin, comme une statue. Je me dis qu’il est loin, je continue ma route. Je dépasse la rue, j’entreprends la nouvelle ruelle où se trouve la fameuse adresse, je suis à quelque pas et soudain, j’entends quelqu’un courir derrière moi et m’appeler.

Il me dit: « je n’ai pas arrêté de courir derrière toi, je ne suis pas arrivé à ton niveau, c’est normal tu marches vite, tu dois être une sportive, tu étais énervée, j’aimerai te dire quelque chose », je réponds que nous n’avons rien à nous dire, que je ne le connaissais pas et que je ne voulais pas lui parler. La rue était vide, je ne voulais pas qu’il s’approche plus. Il arborait un appareil dentaire des plus laids, cheveux mi-longs gominés, une attitude de Brad Pit adolescent et collant. Il insiste, je persiste, plusieurs tentatives, il commence à s’énerver…le mâle dominant ne peut revenir bredouille doit-il se dire, que j’allais finir par céder…j’étais en face de la porte de l’immeuble et je ne voulais pas qu’il m’y suive, trop éloignée des regards. Je lui dis sèchement: « daba mabghitich tmchi a sidi? Rah hdert m3ak » (monsieur ne voulez-vous toujours pas partir? J’ai été claire pourtant) et là je le sens accumuler une tension , un sentiment de colère le prend, il s’enfonce par terre, ses entrailles se crispent, il amasse un crachas et me le jette violemment ….. sur les cheveux….ébahie, je le regarde pendant une seconde…je luis dis « mais ça ne vas pas la tête » , il me répond « al mousskha » (sale) , il prend du recul et …rebelotte….je me calme intérieurement, décide de ne pas perdre mes moyens ou d’avoir l’air terrorisée, je lui lance un « animal, tu te crois où, respecte toi un peu »….il retente un troisième essai….je me dirige vers la porte, le voyant en plein effort, question de gagner des minutes, je sonne, il semble hésitant, je re-sonne, il me regarde, il veut tester voir si effectivement ce n’est pas du bluff…je rentre dans tous mes états au salon.
Pour faire bref, je contacte plus tard un membre de ma famille pour voir s’il pouvait (ridiculement) m’escorter (à 30 ans) à une rue de chez moi, pensant qu’il pourrait m’y attendre.

Bien sur, ils veulent connaitre l’histoire, bien sur ils font une petite enquête de voisinage et surprise, le gars est toujours sur place, profitant de sa belle vie. On le prend au collet, il prétend que c’est moi qui l’ai suivi, qu’il ne voulait pas me parler! Et la meilleure étant que monsieur est en fait gendarme. Il réussit à s’enfuir, grâce à la complicité de mon concierge (où va le monde?), mais une photo de sa plaque à été prise. La gendarmerie royale étant à quelques pas, on s’y rend avec preuve à l’appui. Ils semblent tellement effrayés car nous avons des connaissances, qu’ils en appellent un colonel à la rescousse. Que nous dit ce dernier…? S’il vous plait, ne lui créez pas de problèmes, lui aussi à une soeur (premier choc)….que voulez vous, c’est l’ignorance qui fait ça? (madre mia, un gendarme ignorant)…ah ça doit être un choc émotionnel et non physique qui a été subi par la demoiselle (il aurait eu l’occasion il m’en aurait filé une de belle, si ce n’est plus, donc tant que je ne suis pas morte ou blessée, cela semble être monnaie courante)….par la suite il nie le connaitre (et sa soeur?) et nous demande de laisser tomber pour ne pas nuire au gars….en fait la victime c’est le pauvre gendarme, et lorsqu’il aura du pouvoir et de l’argent ce sera tout à fait normal de molester ou de tuer ou d’escroquer des citoyennes, car il faut le comprendre, c’est tellement dur d’être un homme au Maroc….

J’applaudis nos services de la paix, et je n’en veux pas à ceux et à celles qui s’installent dans des contrées lointaines pour vivre une vie normale, mais moi J’ACCUSE (après une bonne douche soit dit en passant), car il faut se battre pour notre pays. Bon dimanche à tous ».

Aicha Slimani

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