Voici l’histoire du portrait devenu emblème de Marrakech (VIDEO)

fresque

Les Marocains sont fiers de ce portrait, et ils l’ont fait savoir sur les réseaux sociaux afin que personne n’y porte atteinte. Pour ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur l’auteur de cette peinture murale, voici des explications. 

Par Olivier Rachet

Tout voyageur sortant de la gare de Marrakech est familier du visage de Mohamed, un agriculteur dont le visage est peint sur l’un des murs de la ville. Les traits sont tirés mais souriants. Un bonnet de laine en noir et blanc, comme l’ensemble des portraits peints par l’artiste, protège le crâne des intempéries. Les peintures murales de Hendrik Beikirch, qui privilégie l’encre de Chine et la peinture acrylique ou en bombe, ne sont pas le fruit d’une improvisation virtuose comme cela est souvent le cas dans le street art. Bien au contraire, l’artiste a pris le soin de rencontrer tous les modèles qui sont les siens: artisans, barbiers, agriculteurs ou agricultrices, pêcheurs.

L’artiste allemand, dont les portraits gigantesques sont familiers des rbatis et des marrakchis a fait connaître des dizaines de visages anonymes de citoyens marocains, à travers le monde entier.

Tout a débuté à Marrakech, en 2014, dans le cadre d’une résidence au Jardin Rouge qu’abrite la fondation montresso. L’artiste a pris le temps de travailler à partir de différentes photographies avant de s’exercer sur des toiles gigantesques. L’intervention urbaine vient toujours après un lent travail de maturation. La précipitation n’est pas de mise lorsqu’il s’agit de rendre hommage à ces artisans et travailleurs dont les activités ancestrales sont menacées par une industrialisation galopante et une course éperdue vers un progrès dont Hugo disait qu’il donnait une âme à la machine pour l’enlever à l’homme !

Des visages à travers le monde

Les rbatis sont familiers, de leur côté, du visage de Najma, cette agricultrice de l’Ourika dont le visage même marqué par les années est synonyme de sérénité et de dignité. Le regard, qui orne l’un des murs de la CDG (Caisse de Dépôt et de Gestion), est bienveillant, légèrement perdu. Comment ne pas voir que nous sommes tous les héritiers de ces êtres anonymes et solitaires ? Lors de sa résidence, l’artiste a peint une dizaine de portraits dont les habitants de Rome, Toulouse, New York, Oslo ou Copenhague, peuvent aujourd’hui admirer les traits sur les murs de leurs villes respectives.

On dit souvent que les murs séparent et cloisonnent, à l’image des frontières. Les graffeurs savent qu’il n’en est rien. Avant de s’endormir dans les musées et les galeries, les peintures et les dessins ont toujours commencé par investir les espaces urbains : des peintures pariétales aux graffitis jusqu’aux fresques de le Renaissance et aux tags d’aujourd’hui. Le mur n’est peut-être que l’ancêtre de nos écrans tactiles: une fenêtre ouverte sur le monde grâce à laquelle les artistes disent leur amour du prochain.

O.R.

        

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