Un artiste marocain va livrer une performance inédite à Casablanca

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Artiste performer, diplômé de l’université nationale des arts de Buenos Aires, en Argentine, Tarek Riahi est l’invité de la Galerie Nadar, à Casablanca, pour une performance qui s’annonce haute en couleurs. Il livre au Siteinfo un entretien exclusif.

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Propos recueillis par Olivier Rachet

Le siteinfo : Vous êtes à la fois vidéaste, homme de théâtre et performer. Vous avez choisi de poursuivre vos études et de vous installer, en Argentine. Quelles en sont les raisons ?

Tarek Riahi : Je suis d’abord parti à l’aventure, en vacances. Puis, j’ai découvert une ville riche en culture, remplie de théâtres. La culture n’y est pas un accessoire. Elle joue un rôle important dans la vie
quotidienne des gens. Pour tout dire, je me suis retrouvé moi-même dans la performance. J’ai pu mettre en avant mon identité et ma propre vision du monde, ce qui n’était pas le cas avec le théâtre ou la vidéo. D’autre part, la performance contient toutes les disciplines que j’aime : le théâtre, la danse, la vidéo, la peinture et la photographie. Je me définirais comme une personne hybride !

Le siteinfo : L’activité de performer diffère de celle de comédien. La performance est unique, une mise en scène se prête à la répétition. Comment êtes-vous devenu performer ? Est-ce par goût de la provocation ou volonté de vous mettre en danger ?

Tarek Riahi : En effet, j’ai d’abord été acteur, mais aussi auteur et metteur en scène. J’ai d’ailleurs monté ma propre troupe en Tunisie. Pour moi, être artiste est un choix de vie. Je ne pense pas être dans la provocation. Je m’inscris dans une autre démarche, qui est celle de la séduction. La provocation recherche le scandale, moi non. Par exemple, avant de partir en Argentine, j’ai traité de l’avortement dans une pièce de théâtre intitulée Corpus Jassad, qui n’a pas été produite au Maroc. Je travaille sur la thématique du tabou techniquement sur scène. Je cherche à créer une discussion, non pas à choquer les gens.

Le siteinfo : Pourquoi cette pièce n’a-t- elle pu être jouée ?

Tarek Riahi : On attendait la subvention qui n’est pas arrivée. Des flashs lancés sur Hit radio ont déplu. On avait fait des spots pour parler de l’avortement illégal, mais ça n’a pas plu. J’ai néanmoins pu éditer, à mon propre compte, ce travail, avec ma troupe « Le Phénix ». Peut-être que je suis dans la provocation intellectuelle.

Le siteinfo : En quoi consistera la performance, intitulée X System, à laquelle vous vous prêterez jeudi soir à la Galerie Nadar ?

Tarek Riahi : Il s’agit d’abord d’une installation ayant comme support le charbon. De ce corps froid, cinq corps humains vont émerger, mais ce seront des corps mutilés, anonymes, des corps noirs comme le charbon. J’ai conçu un système fermé qui impose des actions binaires et répétitives vouées à l’échec. La même action va se répéter durant une heure. Puis, il y aura une transformation de la nature de cette action.
C’est une image du monde dans lequel nous vivons. Il semble devenir normal de voir des femmes violées, de voir des enfants orphelins marcher dans la nuit sans rien avoir à bouffer, de voir des réfugiés invisibles. On s’habitue au pire.Un texte sera lu par une performer, la seule qui aura une ouverture dans sa bouche. Les autres seront mutilés et ne pourront pas parler. Ce texte est, en fait, constitué de quarante coups de gueule.

Le siteinfo : Pourquoi avoir choisi ce motif du charbon ?

Tarek Riahi : Dernièrement quand je suis revenu au Maroc, on ne parlait que du viol de cette jeune fille dans un bus. Je suis frappé par une montée des idées extrêmes, même au Maroc. En Argentine, il y a
une haine contre les femmes ou les indiens. En France et en Europe, il y a une montée des extrémismes. Au Maroc, je vois les mêmes principes à l’œuvre. L’idée de la haine domine. J’ai l’impression que tous les visages sont devenus un seul visage, celui de la haine. Je voulais réaliser quelque chose pour parler de ça.
Le monde actuel est en train de nier l’individu. On prône un discours identitaire nationaliste ; ça me rappelle parfois la révolution iranienne qui a été volée par les islamistes. Le lendemain de la
révolution, on a créé un corps national. La question que je me pose est la suivante : Quel système actuel produit des individus capables de penser sans avoir à appartenir à un clan ou une communauté ? Le charbon c’est un matériau qui a une texture intéressante, une odeur. C’est toxique, c’est un matériau vivant qui est mort.

Le siteinfo : La question du regard semble importante dans votre travail. Des créations antérieures telles que « No dejes de mirarme » ou « Los Vecinos » amorçaient une réflexion sur la question de nos perceptions. Vous semblez aussi privilégier l’interaction avec le public. Quel rôle joue le regard de l’autre dans votre travail ?

Mon regard ne peut exister qu’en fonction du regard d’autrui. Un être humain vivant seul n’aurait pas la même identité s’il n’avait pas quelqu’un en face de lui. Il resterait animal. Le monde façonne ma façon d’être. Je ne cherche pas à choquer pour faire le buzz. J’éprouve le besoin d’exprimer ma vision du monde et de pousser les autres à voir qu’il y a toujours une vision différente de la leur.

Le siteinfo : Vous êtes marocain. Que représente pour vous le fait de revenir montrer votre travail au Maroc ? Comment s’est déroulée la rencontre avec la Galerie Nadar ?

Tarek Riahi : J’ai quitté le Maroc en étant fâché, à vrai dire. Je reviens pour voir ma famille ou pendant les vacances. Je me considère avant tout comme un être libre. À chaque fois que je reviens, je fais des rencontres comme ce fut le cas avec la Galerie Nadar. Je ne voulais pas passer par le théâtre ou par un musée. La performance reste quelque chose d’encore nouveau au Maroc. L’artiste est toujours considéré comme un saltimbanque. Il n’est pas assez pris au sérieux. La culture n’est pas une priorité. Les galeries peuvent dynamiser la scène marocaine, elles ont un rôle à jouer.

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Performance de Tarek Riahi, « System X », jeudi 14 septembre 2017, à 20 heures, à la Galerie Nadar, Casablanca. Inscription en ligne

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