Recto Verso: l’expo surprenante d’Hicham Benohoud à Casablanca

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La Loft Art Gallery de Casablanca expose des toiles inédites du plasticien et photographe Hicham Benohoud dans lesquelles la notion d’autoportrait est joyeusement dynamitée.

Par Olivier Rachet

Pour qui connaît les séries photographiques d’Hicham Benohoud où le burlesque côtoie souvent le tragique, où l’humour s’offre comme une échappée devant des déterminismes sociaux et culturels extrêmement pesants, la nouvelle exposition de l’artiste aura de quoi surprendre. En apparence, le médium photographique est abandonné pour renouer avec une pratique de la peinture dont Benohoud précise qu’elle fut concomitante de ses années d’enseignement des arts plastiques, dans un établissement public marrakchi. En apparence seulement puisque la majorité des toiles qui observent les visiteurs – plus que ceux-ci ne les contemplent d’ailleurs – est composée à partir d’un amas de photomatons plus ou moins visibles.

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Contrairement aux deux séries photographiques d’autoportraits, Version soft et Inter-Version, dans lesquels le visage de l’artiste était soumis à rude épreuve – lacéré, enrubanné, découpé, ficelé comme l’avaient été les corps et les visages des enfants de La Salle de classe et d’Azemmour – les photos servant de support aux différentes toiles brillent par leur impersonnalité et leur apparente banalité. Leur accumulation finit même par noyer le principe référentiel de la photo d’identité pour laisser place à une composition hybride, pour ne pas dire monstrueuse, rappelant ces créatures mythologiques à plusieurs têtes ou, à l’image du Cyclope et du géant Argos, au regard multiple ou déformé.

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Une carte du génome en guise d’identité

A première vue, l’humour semble absent de ces toiles mystérieuses mais en prenant le contre-pied des attentes du spectateur recherchant l’homme derrière le modèle, le plasticien derrière le photographe, l’artiste semble prendre un malin plaisir à brouiller les pistes et à clouer au piloris la notion si ridicule à ses yeux  d’identité. « Je travaille depuis 25 ans sur la question des identités, écrit-il en exergue du catalogue, mais en tant que plasticien je recherche un processus plastique. » La question de savoir qui « suis-je ? » effleure à peine celui qui se reconnaît tout autant dans ses collégiens travaillant dans des conditions indécentes que dans ses résidents de la série The Hole dont les corps traversent des murs délabrés. L’esprit de dérision reste omniprésent dans le travail d’un artiste qui ne se met en scène que pour mieux disparaître.

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Or si les autoportraits finissent par s’estomper, c’est pour laisser place à la couleur dont les jaillissements sur la toile semblent animés autant par une rage sourde que par un plaisir pudique. Des bâtons et des figures concentriques se mettent alors en mouvement, rappelant  la figuration des chromosomes portant les gènes dont nos corps sont constitués. On pourra se souvenir qu’étymologiquement, le terme de chromosome désigne un corps (du grec, soma) composé de couleurs (du grec, chroma). Et telle n’est pas la moindre surprise de ces toiles intrigantes que de nous rappeler que les êtres que nous sommes s’apparentent moins à un visage informe qu’à un corps coloré dans un espace en expansion continue. Au caractère policier des photos d’identité, Benohoud semble ainsi préférer le caractère polymorphe d’un corps chromatique en agitation perpétuelle, un atome ou un chromosome perdu dans l’immensité de l’univers. Métaphysique tout cela ?

Exposition Recto Verso d’Hicham Benohoud, Loft Art Gallery de Casablanca, 13 rue El Kaissi, du 11 mai au 10 juin 2017.

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