Pourquoi le Festival du livre de Marrakech est un événement exceptionnel (entretien)

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Joschi GuittonAprès le succès retentissant de la première édition du Festival du livre de Marrakech, la deuxième va voir le jour les 22 et 23 avril 2017. Joschi Guitton, fondateur et co-organisateur de ce festival a accordé une interview au Site Info.

Propos recueillis par Jalil Bennani

 – Quelle est la particularité de cet événement à côté des autres manifestations du livre qui se déroulent dans d’autres villes du royaume ? L’appellation Festival (plutôt que Salon) est-elle déjà une particularité marrakchie ?

 – La particularité de notre Festival du livre de Marrakech réside peut-être en son côté convivial. Les auteurs sont accessibles, ils discutent et échangent volontiers avec les visiteurs, qu’ils soient arabophones, francophones, amazighophones, marocains ou d’autres pays. L’appellation « Festival » est très importante pour nous car nous souhaitons fêter le livre sous tous ses aspects. Il y aura évidemment des dédicaces et des tables rondes, des débats et autres conférences, tout au long de ces deux journées, mais nous avons également invité un calligraphe, un relieur, une conteuse qui aborderont le livre sous un aspect plus artisanal, et pour ce qui est de la conteuse, sous un aspect plus traditionnel même si ses textes sont tout à fait modernes. Nous souhaitons montrer qu’avant d’avoir un livre entre les mains, bon nombre de personnes y ont travaillé, y ont mis tout leur cœur et leur savoir-faire, et ce depuis la nuit des temps. Ensuite, d’autres le font vivre en le lisant, l’interprétant, l’adaptant, le partageant… Le partage est une des valeurs essentielles de notre festival.

Et avant tout, nous souhaitons désacraliser le livre. Il faut absolument qu’il soit accessible à tous (l’entrée à notre festival est évidemment gratuite) et que le public se l’approprie. Nous souhaitons également ouvrir grand la porte aux jeunes, collégiens, lycéens, étudiants, du privé et du public. Nous avons invité des orphelinats et les enfants pourront librement déambuler dans les jardins du Centre culturel Dar Attakafa et assister selon leurs envies à toutes les manifestations proposées.

– Quelle est l’ambition de cette deuxième édition ? Qu’en attendez vous en tant qu’organisateurs ?

– L’ambition des organisateurs est que ce Festival soit pérenne et inscrit dans la vie culturelle marrakchie chaque année à la même date, le 23 avril étant le jour de la Fête internationale du livre et du droit d’auteur. Mais la réponse à cette question se trouve peut-être dans la première : le partage et la rencontre autour du livre sous tous ses aspects entre les écrivains et leur public, entre les écrivains eux-mêmes… Bon nombre de rencontres et de projets naissent lors de ce genre de manifestation. Les organisateurs sont heureux quand le public et les écrivains le sont. Il nous semble que nous avons réussi ce pari lors de la première édition. Nous allons essayer de renouveler l’expérience cette année.

– Quels seront les temps forts de l’événement ?

– Tous les temps seront forts pendant cet événement ! Tous les écrivains sont égaux, ils ont un talent à dévoiler, une expérience, de l’amour et de la passion à faire partager, qu’il s’agisse d’inconnus ou d’auteurs de grande renommée. Encore une fois, la rencontre et le partage se feront tout au long des vingt débats, conférences et cafés littéraires proposés.

Nous sommes bien sûr très heureux d’accueillir Alain Mabanckou en invité d’honneur, un écrivain dont le talent n’est plus à démontrer, un humaniste qui a une vision du monde et particulièrement de l’Afrique au-delà de tout clivage politique ou autre. Il va nous parler de la littérature africaine et des rapports Occident-Afrique, de tout ce qui a été fait et surtout reste à faire pour que les artistes de ce beau continent soient considérés à leur juste valeur.

Mahi Binebine va également rencontrer le public et nous parler de son magnifique et bouleversant roman dont, pour la première fois, son père est le héros… Le Conseil National des Droits de l’Homme du Maroc va nous faire l’honneur de présenter au public son activité, notamment éditoriale. Nous allons parler de Marrakech, de l’eau et de ses jardins avec Azzeddine Karra, le directeur régional de la culture à Marrakech, des Splendeurs saadiennes avec Xavier Salmon, expert passionnant en la matière. Des auteurs français tels que Miguel Bonnefoy, Jean-Louis Debré, Emmanuel Pierrat, Jean-Noël Pancrazi vont nous faire partager leur passion de l’écrit. Des sujets d’actualité seront traités avec Hicham Houdaïfa… Il est impossible ici de les citer tous, mais tous les écrivains invités valent largement la peine d’être entendus et rencontrés !

– Pouvez vous nous dire quelques mots des organisateurs, des sponsors, parrains, membres d’honneur…

– Ce festival est né d’une envie liée à ma famille paternelle qui a vécu 75 ans au Maroc. Pourquoi Marrakech ? Parce qu’un événement littéraire en semblait absent. Avec Stéphane Guillot (nous organisons depuis 11 ans le  Salon du livre de l’île de Ré en France), nous nous sommes lancés dans cette aventure en 2015 et nous y avons embarqué Emmanuelle Sarrazin, éditrice à Marrakech, qui a immédiatement épousé le projet, ainsi que Loubna Zerzou, gérante d’une société touristique à Marrakech. Pour créer la structure associative Le Kiteb bleu, un autre habitant de la ville ocre, Claude Azières, a immédiatement proposé son aide indispensable. Et nous sommes tous mus par la même passion du livre !

Grâce à Elsa Soltes qui modérait les entretiens littéraires au Grand Café de la Poste, Stéphane et moi avons pu rencontrer Pierre Bergé, qui -avec Madison Cox et Quito Fierro- a immédiatement adopté le projet, l’a subventionné et accepté d’en être le président d’honneur.

Pour ce qui est du parrain et de la marraine : Patrick Poivre d’Arvor dont on ne présente plus la culture littéraire, est un amoureux du Maroc et de ses arts. Sapho, née à Marrakech et y vivant une partie de l’année, représente l’esprit et l’âme que les organisateurs souhaitaient donner à ce festival : l’ouverture d’esprit, le vivre-ensemble quelles que soient les origines religieuses ou sociales des intervenants. N’a-t-elle pas chanté en hébreu dans les territoires occupés ou en arabe dans la partie juive de Jérusalem ? Et écrit bon nombre de livres depuis des années ? Sapho est une évidence dans ce rôle qu’elle a immédiatement accepté.

Dès les premiers contacts avec les partenaires de ce festival, les organisateurs ont senti qu’il y avait une réelle demande de littérature à Marrakech. Que ce soit de la part de Mme Bauchet-Bouhlal du Es Saadi Marrakech Resort, de M. Azzeddine Karra ou M. Hassan Benmansour (Dar Attakafa), de M. Zakaria El Alem Idrissi de l’hôtel Amani, M. Hassan Fnine (Directeur de l’école de management GEC) et de beaucoup d’autres, le projet a été accueilli et aidé à bras ouverts.

 

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