L’univers passionnant de Brahim Benkirane

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Publié en 2010, le livre de Brahim Benkirane, « Seuls », connaît une seconde naissance, avec une toute nouvelle réédition. Une occasion de découvrir un univers passionnant.

Par Olivier Rachet

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Il est différentes sortes de solitudes. Certaines sont subies, liées le plus souvent à des conditions de vie précaire. D’autres peuvent être choisies, synonymes de voyage et de contemplation. Épreuve ou expérience : on est isolé par la force des choses ou le regard des autres, on s’isole pour trouver la paix ou une quiétude toujours relative. Brahim Benkirane a beaucoup voyagé. Il a vécu entre Paris et Casablanca. Depuis 2016, il a posé ses valises à l’Uzine, centre culturel alternatif situé à Aïn Sebaa, non loin des studios de 2M. Il y dirige le pôle photographique.

Si loin, si proche

Les photos regroupées dans cet ouvrage sont le fruit des différents voyages de l’artiste, et des séjours entre la France et le Maroc. D’un voyage au Kazakhstan, effectué en 1993, il ramène des clichés intrigants où l’on arrive à percevoir la difficile coexistence entre des modes de vie traditionnels et une modernité imposante. Si les paysages photographiés s’ouvrent souvent vers l’horizon, la présence de l’urbanisme est parfois écrasante.

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Paris, Casablanca, Marrakech ou Tassaout restent les lieux les plus souvent représentés. Les conditions de vie divergent, les environnements semblent aux antipodes. Et pourtant, le regard humaniste du photographe arrive à saisir des postures similaires. Une jeune femme, attablée à une terrasse de café dans le quartier de Saint-Germain des Prés à Paris, n’est pas si éloignée que cela de cet enfant de Setti Fatma, assis sur une chaise, en plein air. L’attente est la même, une semblable langueur les rapproche, le temps d’un livre. Plus loin, ce sont des enfants, photographiés en plan rapproché ou moyen, de Katmandu au Népal ou de Tacheddirt au Maroc, qui offrent à l’objectif un regard d’où la tendresse semble avoir disparu. La pauvreté arbore souvent le même visage, que l’on vive ici ou ailleurs. Quelques pages plus loin, une jeune new-yorkaise lisant un livre, devant une porte tambour, fait écho à un jeune marrakchi assis sur les hauteurs d’un rempart décrépi, contemplant on ne sait quel paysage dévasté ou merveilleux. La solitude, où que l’on soit, est aussi gage d’une ouverture plus grande sur le monde qui nous environne. Elle est la condition sine qua non de l’attention que l’on porte aux autres.

Des visages, des paysages

Mais ce sont surtout des visages ou des silhouettes que l’on garde en tête, après avoir feuilleté l’ouvrage. Visages d’enfant qui nous dévisagent, silhouettes recroquevillées sur elles-mêmes pour mieux dire la douleur qui accompagne la solitude contemporaine. À l’image de ce garçon casablancais, accroupi sur une pierre, la tête enfouie dans ses bras croisés, pleurant on ne sait quel malheur ou peut-être faisant une simple halte, qui sait ? Telle est bien la force et la limite de la photographie humaniste : en prise directe avec le réel, elle n’arrive qu’à observer le monde qui l’entoure, sans jamais l’atteindre complètement. Solitude aussi de l’artiste que symbolise assez bien cet homme d’Ala Tau, au Kazakhstan, contemplant le paysage du sommet d’une montagne. On songe au tableau du peintre romantique Gaspard David Friedrich, « Voyageur contemplant une mer de nuages ».

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Le livre fermé, ce sont les paysages rocailleux et arides du Sud marocain qui restent alors en mémoire. Paysages désertiques où l’isolement de la population fait aussi peine à voir. Cette nouvelle édition bénéficie d’un tirage limité, profitons-en vite !
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Brahim Benkirane, Seuls, disponible à l’Uzine, Kulte Gallery, librairie livremoi.

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