L’africanité, véritable composante de l’identité marocaine dans l’oeuvre de Daoud Aoulad-Syad

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Fruit d’une conférence prononcée en mai 2016 lors des Rencontres Eclairage organisées par Dar El Kitab, à Casablanca, le livre que consacre Abdelghani Fennane au photographe et cinéaste marocain Daoud Aoulad-Syad éclaire à la fois la genèse d’une œuvre et les partis pris esthétiques d’un artiste incontournable.

Par Olivier Rachet

« Au fond, il n’est de Pays que l’enfance » écrivait le critique littéraire Roland Barthes cité par l’auteur, enseignant à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Marrakech. Enfance passée dans le Sud marocain, dans ce Maroc qualifié parfois par antiphrase « d’inutile » comme si les marocains eux-mêmes, auxquels le photographe a consacré l’un de ses principaux ouvrages photographiques, oubliait parfois leur africanité. « Il y a une réhabilitation du Noir dans la photographie et le cinéma de Daoud Aoulad-Syad, écrit Abdelghani Fennane. Il y a une dénonciation silencieuse du mépris qui dénigre les gens à la peau sombre, au Maroc, dont une dense population est concentrée au sud et du déni de l’africanité comme composante de l’identité marocaine ».

Or, la majeure partie de la photographie de Daoud Aoulad Syad plonge dans l’univers de l’enfance, de la place Djemaâ El Fna, de ses conteurs porteurs d’une tradition séculaire. Un des principaux intérêts de cet ouvrage, constituant une excellente introduction à l’œuvre d’un artiste important de la scène cinématographique marocaine, est de présenter l’artiste comme un lointain héritier des conteurs, comme en témoigne le passage progressif d’un art extrêmement élaboré du cadrage photographique à l’élaboration de narrations filmiques privilégiant le plus souvent le récit d’un monde en train de disparaître. De Adieu Forain (Bye Bye Souirti) en 1998, en passant par Cheval de Vent (Aoud Rih) en 2001, jusqu’à La Mosquée, en 2010, le réalisateur n’a de cesse de raconter la lente agonie d’un monde ayant fait accéder l’oralité au rang d’un art majeur: « Ce qui disparaît avec la disparition du conte c’est le contre-pouvoir que représente la voix mineure du peuple et de l’image-luciole ».

La disparition des lucioles

Abdelghani Fennane éclaire d’un jour nouveau la filiation entre Daoud Aoulad Syad et le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, ayant à plusieurs reprises planté le décor de ses films dans le Sud marocain. Le cinéphile se souviendra par exemple de son adaptation de la pièce du tragique grec Sophocle, Œdipe roi, réalisé en grande partie dans les paysages rocailleux de la Vallée du Drâa. En utilisant l’image de la « disparition des lucioles », le cinéaste italien ne cherchait pas seulement à pointer un changement d’époque mais à montrer l’accaparement du passé par un présent tout entier tourné vers le divertissement et l’émergence d’une nouvelle forme de bourgeoisie totalement déconnectée de ses ancêtres. La disparition des lucioles dont témoigne le photographe marocain, c’est-à-dire renchérit Abdelghani Fennane : « une certaine poésie, des dialectes, le sous-prolétariat, une imagerie et un support de résistance. » Photographie humaniste, si l’on veut, mineure au sens où l’entendaient les philosophes Deleuze et Guattari lorsqu’ils évoquaient une littérature inséparable d’une énonciation collective. Photographier à la place des exclus, des bannis, des refoulés d’un pays qui ne voit pas toujours les ségrégations sur lesquelles il prospère.

Abdelghani Fennane, Daoud Aoulad Syad – De la photographie au cinéma, Editions DK, Collection « éclairage ».

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