Abderrahmane Rahoule: Pourquoi j’ai quitté la direction de l’Ecole des Beaux arts de Casa

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Après quatorze années à la direction de l’Ecole supérieure des Beaux arts de Casablanca, Abderrahmane Rahoule, revient sur les raisons qui l’ont conduit à démissionner. Entretien.

Propos recueillis par Olivier Rachet

Le Site info: Après avoir passé quatorze années à enseigner et à diriger l’Ecole supérieure des Beaux arts de Casablanca (ESBAC), on apprend que vous venez de démissionner, dénonçant le manque de moyens qui vous étaient alloués. Quels constats sont les vôtres ? Sont-ils sans appel ?

Abderrahmane Rahoule : J’ai passé quatorze ans à diriger l’Ecole, après avoir enseigné pendant trente-deux ans. J’ai fait ce que j’ai pu. Il y a toujours eu un manque de moyens pour gérer la situation. Mais en contrepartie, j’ai souvent organisé des évènements pour donner aux élèves l’opportunité d’avoir une ouverture sur l’extérieur. La plupart du temps, les manifestations étaient organisées par des Fondations qui nous venaient en aide.

Le Site info: Les subventions que vous recevez ont-elles baissé en quatorze ans ?

Abderrahmane Rahoule : Au début, le Conseil de la ville disposait d’un budget. On nous donnait le matériel dont nous  avions besoin. Mais la situation s’est dégradée il y a cinq ou six ans. Les professeurs ne sont jamais payés correctement. Le matériel que je demandais ne nous est jamais parvenu. Le problème, c’est le suivi. Il n’y a pas de connaisseurs en la matière. En tant qu’artiste, je n’ai pas d’interlocuteur. L’administration ne fait pas son travail.

Le Site info: Avez-vous alerté l’administration du manque de moyens dont vous dites avoir souffert ?

Abderrahmane Rahoule : Je n’ai pas arrêté d’écrire. Jusqu’à mon départ, il n’y avait pas de matériel pour que les élèves travaillent. Il y a quelques années, j’ai créé une annexe, avec le gouverneur de Ben M’sik, car il y avait beaucoup de demandes d’inscription. Des problèmes de transport se posaient aussi aux étudiants. J’avais le projet de créer d’autres annexes mais cela ne pourra malheureusement pas se faire.

Le Site info: Comment expliquez-vous que les problèmes que vous rencontrez ne se posent pas dans une structure telle que l’Institut national des Beaux arts de Tétouan (INBA)?

Abderrahmane Rahoule : La différence réside dans le fait que l’Institut de Tétouan dépend du ministère de la Culture. Il dispose d’un budget et de matériel, les professeurs sont payés. Comme le diplôme délivré par l’INBA est reconnu par le ministère de la Culture, j’ai essayé d’accomplir des démarches pour faire reconnaître le diplôme de l’ESBAC. Mais la majorité des élèves continuent de travailler avec des particuliers (architectes, décorateurs d’intérieur…).

Le Site info: Dirigée en son temps par Farid Belkahia, cette Ecole appartient aussi au patrimoine architectural de la ville de Casablanca. Craignez-vous désormais qu’elle ne soit amenée à disparaître ?

Abderrahmane Rahoule : Tout dépendra des responsables. Si on ne fournit pas les moyens nécessaires, oui, elle pourrait disparaître. Il y a quelques années, la commune a fait un effort. Elle a restauré l’intérieur de l’Ecole et réalisé plusieurs travaux. Depuis cinq ou six ans, tout est au point mort.

Le Site info: Qu’attendez-vous enfin des pouvoirs publics ? Votre démission peut-elle aboutir à une prise de conscience de la nécessité d’investir dans l’éducation et la culture ?

Abderrahmane Rahoule : Je n’ai toujours pas été contacté par le responsable. J’aurais dû être convoqué pour qu’on s’entretienne. Je suis le directeur qui sera resté le plus longtemps à la direction de cette Ecole. Mais lorsque vous êtes payé tous les trois mois et ce, pour un salaire dérisoire, cela ressemble plutôt à du bénévolat. Casablanca est une ville mondialement connue. Il faut que les gens qui s’occupent de la culture aient un bagage culturel, qu’ils aient des connaissances dans tous les domaines artistiques, sans quoi on ne peut pas parler avec eux. Le Maroc a de très grands musées, de grandes institutions, il nous faut des personnes compétentes pour gérer cela.

O.R.

  • BS

    L’ancienneté des problèmes soulevés par ce directeur est de cinq à six ans. C’est une durée qui correspond avec l’arrivée au pouvoir du parti politique du PJD, les membres de ce parti seraient-ils contre la culture et souhaitent continuer de voir une majorité de marocains incultes ? Est-ce que cette situation est préméditée ? Ce serait grave si c’est le cas. BS

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